08.12.2009

Comment plomber la politique verte d'Obama en cinq leçons

Aujourd'hui un article de l'express :

Par Walid Berissoul (CFJ), publié le 07/12/2009 à 17:15

Pas simple de se débarrasser de l'héritage de George Bush: les lobbies industriels se sont mobilisés comme jamais pour affaiblir le plan énergie-climat du président Barack Obama. Revue des grandes manoeuvres.

Leçon n°1: mettre les moyens

Aux Etats-Unis, si il y a un secteur qui ne connaît pas la crise, c'est bien celui du lobbying. Selon le Center for Responsive politics, un groupe de recherche sur les finances publiques américaines, les dépenses en lobbying à Washington se sont élevées cette année à plus de 2,5 milliards de dollars, tous intérêts confondus.

Sur la question climatique, le lobbying "fossile" —qui regroupe les intérêts de l'industrie du gaz, du pétrole et du charbon— n'a pas lésiné sur les moyens, dès le l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Ainsi, Exxon Mobil, l'un des plus gros groupes pétroliers au monde, a dépensé près de 14,9 millions de dollars durant les mois précédant l'arrivée du projet de loi sur le climat au Congrès, le 15 mai 2009. Selon l'institut londonien New Energy Finance, cette somme représente plus que le budget lobbying de l'ensemble des entreprises des énergies nouvelles, comme le solaire ou l'éolien.

Autant dire que la nouvelle industrie verte ne pèse pas bien lourd, malgré le soutien que lui apporte l'administration démocrate. En plus de l'hostilité des républicains envers cette loi sur le climat (qui doit encore être débattue en janvier 2010 au Sénat), la Maison-Blanche doit également affronter la très politisée Chambre de commerce américaine, plus grosse association d'entreprises du pays.

Leçon n°2: envahir la Chambre et le Sénat

De même que la réforme du système de la santé chère à Barack Obama, la politique environnementale des Etats-Unis —et donc sa position à Copenhague— se joue en grande partie dans deux lieux stratégique de la capitale: K Street, qui abrite la plupart des cabinets de lobbyistes, et Capitol Hill, où siègent le Sénat et la Chambre des représentants.

En mai, lorsque le projet de loi a été introduit au Congrès, le nombre de lobbyistes officiellement répertoriés auprès des parlementaires a explosé: selon le Center for Public integrity, une fondation américaine de journalisme d'investigation, ils étaient 2810 à envahir les couloirs de la Chambre, soit cinq lobbyistes pour un élu rien que pour ce sujet. Une inflation de près de 400% par rapport à la dernière bataille législative sur le climat, il y a six ans.

Leçon n°3: pratiquer l'obstruction

Le paquet énergie-climat a fini par être adopté au Congrès, mais il reste la ratification des Sénateurs et c'est une autre paire de manches. Début octobre, quelques jours à peine après l'arrivée du texte au Sénat, Carol Browner, première conseillère environnementale à la Maison-Blanche, a fait aveu de faiblesse: "On aurait sincèrement aimé que le processus ait pu être achevé, mais cela n'a pas pu se produire: il est improbable que le président Obama soit en mesure de ratifier une loi (sur le climat) d'ici au sommet de Copenhague, début décembre."

Même John Kerry, ancien candidat démocrate à la présidence et aujourd'hui l'un des plus fervents défenseurs d'une loi écolo au Sénat, n'attend pas une adoption par ses collègues avant le printemps prochain.

Pourquoi? Car c'est au Sénat, plus qu'au Congrès, que les lobbies peuvent jouer leur carte: chaque Etat compte à égalité, et, pour l'emporter, les démocrates ont besoin d'obtenir 60 voix sur un total de 100. De la même manière que pour la réforme du système de santé, la défection d'un seul élu démocrate pourrait provoquer le rejet du texte sur le climat.

Selon le site d'informations environnementalesE&E Daily, 41 sénateurs comptent pour l'heure voter "oui", ou "probablement oui", et 27 se disent encore "indécis". Parmi ces derniers, certains auraient reçu ces vingt dernières années près de 20 millions de dollars en donations pour leurs campagnes de la part de groupes énergétiques, agricoles ou de transport, d'après le site Climate Wire.

Leçon n°4: mobiliser l'opinion

Dans les couloirs et les salons feutrés de Capitol Hill, les lobbyistes sont là pour rappeler tous les jours aux édiles que leurs électeurs les attendent au tournant. Comment? En menant des campagnes de terrain à travers tout le pays pour expliquer aux Américains combien une loi engageant les Etats-Unis à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pourrait nuire aux emplois et augmenter les impôts.

Dans les oreilles des Américains, bien plus angoissés par la crise économique que par les enjeux climatiques planétaires, l'argument fait mouche. Objectif: mettre le paquet sur les Etats qui pourraient basculer lors du vote au Sénat. Cet été par exemple, les habitants de Pennsylvanie, du Montana ou du Nebraska ont vu débarquer le "Hot Air Tour", une tournée anti-loi climatique en ballon gonflable menée par l'organisation Americans for Prosperity. Le message est clair: "L'alarmisme sur le réchauffement climatique entraîne chômage, hausse des impôts et moins de libertés." Derrière cette campagne, les frères David et Charles Koch, propriétaires de Koch Industries, deuxième conglomérat pétrolier américain, qui a dépensé cette année plus de 4 millions de dollars en lobbying.

Leçon n°5: s'immiscer dans le débat scientifique

Le pays d'Al Gore, prix Nobel de la Paix 2007 pour avoir éveillé les consciences, est aussi celui de la contestation des bases scientifiques du réchauffement climatique.

Dernier exemple en date: cet été, deux figures du lobby pétrolier, H. Leighton Steward et Corbin J. Robertson Jr, ont financé à hauteur de 1 million de dollars une campagne de publicité en faveur du CO2, à voir ci-dessous.

Aux Etats-Unis, il existe des dizaines de think tanks spécialisés dans la "négation" du réchauffement climatique. Leur cible privilégiée? Les conclusions du Giec, le Groupe de recherche intergouvernemental sur l'évolution du climat. L'American Enterprise Institute, par exemple, a lancé l'an dernier une campagne de recrutement d'experts payés pour contester les travaux du Giec.

Malgré cette pression, les grandes sociétés savantes américaines ont adopté la position du Giec. Mi-novembre, l'American Physical society (APS), qui regroupe 47 000 physiciens, a rejeté "massivement" la demande de certains de ses membres de revoir sa position officielle sur le réchauffement climatique. Pas facile pour un lobbyiste de peser réellement sur le débat scientifique... même si ce n'est pas l'essentiel: les chercheurs ne votent pas les lois.

Cet article fait partie de notre enquête participative sur le poids des lobbies à Copenhague, menée avec les étudiants du CFJ. Vous pouvez la suivre, et y participer, en commentant notre journal de bord.

OIT salue le Parlement européen

GENÈVE-  communiqué ONU – L’OIT salue le soutien sans faille du Parlement européen pour intensifier les efforts en faveur de la ratification et de la mise en œuvre des conventions de l’OIT.

En adoptant à une large majorité le jeudi 26 novembre une résolution en ce sens, le Parlement européen a témoigné de la fermeté de son engagement en faveur d’un rôle ambitieux de l’UE pour promouvoir une mondialisation équitable et le travail décent pour tous, au sein de l’UE comme dans les autres pays.

Cette résolution survient à quelques jours de l’entrée en vigueur, le 1er décembre 2009, du Traité de Lisbonne qui a modifié le fonctionnement de l’UE. Elle invite les Etats membres de l’UE, la Commission européenne et le Président élu du Conseil européen à renouveler leurs efforts pour ratifier et mettre en œuvre les conventions classées par l’OIT comme étant à jour.

La résolution comprend un appel au nouveau Président élu du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à se montrer aussi ambitieux que possible, dans le cadre de son mandat, pour encourager les Etats membres à ratifier et mettre en œuvre les conventions de l’OIT.

Elle invite également la Commission européenne à envisager l’adoption d’une recommandation aux Etats membres les incitant à ratifier les conventions qui ont été classées par l’OIT comme étant à jour et à contribuer activement à leur application.

La résolution rappelle les valeurs fondamentales de liberté, de dignité humaine, de justice sociale, de sécurité sociale et d’égalité comme étant des éléments essentiels du développement économique et social durable. Le Parlement européen souligne que, dans le contexte mondial actuel de crise économique et de l’emploi, ces principes sont plus pertinents encore; il fait précisément référence à la Déclaration de l’OIT de 2008 sur la justice sociale pour une mondialisation équitable et au Pacte mondial pour l’emploi de l’OIT de 2009.

L’OIT est convaincue que les efforts concertés des Etats membres et des institutions de l’UE, compte tenu de leurs compétences respectives, peuvent grandement faciliter la ratification et la mise en œuvre des conventions de l’OIT, aussi bien dans l’UE qu’à travers le monde.

07.12.2009

Le sommet,toutes les négociations ... vu par la presse: aujourd'hui

La Tribune.fr

C'est ce lundi que commence le très important sommet de Copenhague consacré aux risques du changement de climat et à la protection de l'environnement. Il réunit responsables politiques, économistes, climatologues (notamment les fameux experts du Giec qui ont reçu le prix Nobel) et dirigeants d'entreprise, de toute la planète.

Il doit durer jusqu'au vendredi 18 décembre, certains estimant que si, à cette date, un accord n'a pas été trouvé, les discussions pourraient se prolonger le week-end des 19 et 20 décembre. Mais un accord est-il possible ? C'est toute la question posée ces derniers jours avec des objectifs divergents de réduction des gaz à effet de serre affichés tant par les Etats-Unis que par l'Union européenne mais aussi par la Chine et l'Inde. La France et le Brésil ont fait des propositions ambitieuses, en partie rejetées, le Danemark, pays hôte de la réunion, a fait de même, sans succès non plus pour l'instant.

Durant tout le sommet, la Tribune vous fera suivre toutes les négociations avec deux blogs spéciaux, le premier réalisé par toute la rédaction et notamment ses envoyés spéciaux à Copenhague, et le second écrit par les acteurs du dossier eux-mêmes, les responsables d'entreprise présents là-bas.

Après une période préparatoire riche d'événements diplomatiques, le Forum de Copenhague s'ouvre lundi. Trois enjeux majeurs: arrêter un plan d'action concret assurant réellement la limitation des émissions de gaz à effet de serre (timing & volume), faire de la crise actuelle une opportunité de trouver un nouvel équilibre écologique et économique, et enfin, anticiper et d'optimiser la transition de la taxation à la valeur ajoutée vers une taxe carbone,.

L'activité diplomatique intense ces derniers jours montre qu'aucune puissance ne pourrait accepter d'être à l'origine de l'échec des négociations. Barack Obama présent le 9 devrait impulser un élan très opérationnel sur Copenhague, et ce dès la première semaine.

Quelle forme vont prendre les négociations ? Actuellement, deux modes de négociation sont en lice : soit la dynamique se porte initialement sur l'atténuation, soit elle se porte sur l'adaptation.

Une dynamique de négociation portée sur l'atténuation verra la rapide émergence des débats sur les quotas d'émission, y compris le positionnement des émergeants et des pays les moins avancés, de l'objectif à atteindre, soit par rapport aux valeurs de 1990, soit indexée sur des points de PIB comme le propose la position chinoise.

Cette dynamique permettra des positionnements rapides des acteurs de l'efficacité énergétique, des transports collectifs et de la filière agricole. Restera à négocier la pression sur les objectifs à atteindre. Va-t-on négocier le fait de négocier à Copenhague seulement une position de principe avec un objectif global non ventilé par industrie, ou aller plus loin ?

Cette dynamique positionnera également les négociations sur les thématiques industrielles, urbanistiques et alimentaires...Plus les objectifs sont ambitieux, plus ils constitueront une prime à l'innovation pour les entreprises qui ont choisi d'être pionnières sur le sujet.

A l'inverse, une dynamique de négociation portée sur l'adaptation verra la discussion se porter sur les mécanismes de transfert de technologies et de transfert financier. Il s'agit de compenser les effets au Sud (et notamment en Afrique) des émissions générées au Nord, tout en intégrant les industries auparavant exclues des quotas de CO2, comme par exemple le trafic aérien.

Le plan « Justice Climat », présenté par de nombreux pays africains et soutenu par la France, se situe clairement dans cette logique. Cela positionnera les négociations d'une part sur l'équilibre financiers, d'autre part sur les mécanismes de compensation telles que le reboisement, la gestion durable des forêts et écosystèmes fragiles, l'accès aux énergies et à l'alimentation....

Tout le talent des négociateurs va consister à bien assurer un équilibre entre ces deux dynamiques, et à intégrer rapidement des acteurs majeurs plutôt réservés jusqu'à maintenant, comme l'Inde, le Japon, les Corées, l'Iran, le Pakistan.

Les ONGs et les citoyens veulent être des parties prenantes impliqués sur le projet, et mettent une pression très forte sur les dirigeants et les négociateurs. On ne compte plus les flashmobs d'alertes, les pétitions signées (près de 500 000 signataires en France pour l'Ultimatum Climatique...). TF1 a choisi d'ouvrir chaque journal télévisé avec les indicateurs de Copenhague, la presse titre en masse sur Copenhague et, loin de lasser, cet engouement suscite de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter).

Le champ des possibles est plus ouvert que jamais. Les entreprises ne s'y sont pas trompées, beaucoup ont envoyé un délégué à Copenhague. Débouchera-t-on ou non sur un accord ? Avec ou sans objectifs quantifiés ? Avec telles priorités ?