28.05.2009

Comment l'Europe se protège de la Chine

l'Europe se protège de la Chine sans le dire

Sylvain Lapoix | Jeudi 28 Mai 2009 à 11:33 |Newsletter MARIANNE 

Derrière la novlangue libre-échangiste officielle, des règlements européens freinent par des taxes l'importation des vélos ou des chaussures pour protéger l'industrie. A quand l'extension au dumping social et environnemental ?



(sara marlowe-flickr-cc)
(sara marlowe-flickr-cc)
Si vous pédalez encore sur une selle européenne, c'est grâce à l'Europe ! Secret administratif fort bien gardé, qu'évoquait en passant Hakim El Karoui, les taxes anti-dumping ont pourtant sauvé ce secteur et préservent aujourd'hui l'industrie européenne de la chaussure. Le Parlement aurait-il levé ce lièvre ? Même pas ! C'est la Commission européenne elle-même qui a imposé aux vélos chinois une taxe de 48,5% et à ceux venus du Vietnam de 15,8% à 34,5% de taxe à l'importation.

Strict respect de la concurrence libre et non faussée

Le fait est si crucial que Eurobike, site des professionnels européens des deux roues à pédales, tient à jour une liste complète des règlements anti-dumping et anti-coutournement (anti-circumvention) : les boulons de vélos chinois sont taxés à 85% et les selles à 29,6% !

«Il s'agit d'un instrument de lutte contre «l'unfair trade» et en aucun cas d'un outil de politique industrielle !», précise le porte-parole de la commissaire au Commerce, Catherine Ashton. Par «unfaire trade», entendre : «concurrence libre et non faussée», le mot magique de la Commission. Les taxes anti-dumping sont extrêmement encadrées par le règlement 384/96 du 22 décembre 1995 : «un produit est considéré comme faisant l'objet d'un dumping lorsque son prix à l'exportation vers la Communauté est inférieur au prix comparable pratiqué au cours d'opérations commerciales normales pour le produit similaire dans le pays exportateur.» Les prix rabaissés par des «coûts inférieurs» n'intéressent absolument par la Commissaire : dumping social et environnemental sont exclus !

44 enquêtes en 2008 sur des cas de dumping

Mais le chemin est long pour obtenir la défense de son industrie : un ou plusieurs industriels doivent prouver qu'il y a dumping, montrer qu'il cause un préjudice à l'industrie de l'UE et montrer que la taxe agirait en faveur de l'Union européenne. Après quoi, la Commission commerce peut statuer... sur l'intérêt d'une enquête !

«Nous recevons énormément de demande mais peu d'enquêtes sont lancées car elles prennent du temps et que nos règles sont très strictes», précise-t-on chez la Commissaire Ashton. En 2008, 44 enquêtes ont été initiées et, du 1er janvier au 30 avril 2009, 13 ont débuté. Pour les bicyclettes, plusieurs années ont été nécessaires et 15 mois pour conclure à une taxe à l'importation sur les chaussures en cuir.

19,4% sur les chaussures chinoises en cuir : est-ce assez ?

Ultime restriction : ces taxes sont limitées dans le temps. Pour les chaussures chinoises et vietnamiennes, désormais taxées à 19,4% et 16,8%, la taxe mise en place en octobre 2007 expirera dans les semaines à venir à moins qu'une enquête ne vienne relever l'utilité de maintenir le dumping...

Reste à savoir si la taxe aura fait effet face au raz-de-marée des chaussures à bas coût : lors de son enquête, la Commission commerce avait elle-même évalué à 450% l'augmentation de l'exportation de chaussures chinoises en Europe entre 2004 et 2005 et à 1000% sa croissance entre 2001 et 2005 ! Un chiffre délirant mais sans doute pas autant que la différence entre le prix de production réel de ces chaussures en cuir importées à 8,5€ la paire et vendues entre 35 et 120€ en Europe, selon les mêmes enquêteurs.

Mais sur le coût réel de production, pas de chiffres. Pire, une allusion glaçante du commissaire Mandelson à la main d'œuvre à prix minimale trouvée dans ses pays : «Nous ne visons pas les avantages compétitifs naturels de la Chine et du Vietnam, seulement les distorsion du marché libre et non faussé.» Derrière les «avantages compétitifs naturels», le commissaire entendait-il la faiblesse tragique du droit du travail, les horaires et cadences avilissants et les enfants posés sur des chaises surélevés devant des machines à coudre ? Ou bien le seul mythe désincarné d'une loi du marché dont Chinois et Vietnamien auraient mieux que quiconque saisi les règles ?

La concurrence est-elle libre et non faussé quand on dévaste les hommes et leur habitat ?

A l'heure de la crise industrielle et de l'urgence écologique, on pourrait espérer que les «mandarins du Berlaymont», comme les surnomment les initiés, se mettent à la page des exigences sociales et environnementales. «Cette législation ne porte que sur les prix», nous répète-t-on à la Commission commerce. Pourtant, si les modes d'enquêtes existent et que les mécanismes sauvent bel et bien des dizaines de milliers d'emploi, cela ne vaudrait-il pas la peine de réviser les règles du jeu ?

A emprunter quelques minutes la novlangue institutionnelle, peut-on parler de marché «libre et non faussé» quand on accepte de tels écarts de salaires entre les ouvriers pour fabriquer des jouets au dixième de leur coût ou de dévaster des zones entières du globe, et l'habitat des hommes avec, pour produire moins cher du bœuf nourri en plein champs en Europe ? A laisser filer les modèles sociaux des pays à bas coût de main d'œuvre, ce sont les ouvriers européens qui se voient imposer l'irrespect qui est infligé aux travailleurs chinois. Si la Commission pouvait prémunir les employés des 27 Etats membres contre ce danger, plus réel que la distorsion de concurrence sur les vélos et les chaussures, une nouveau type de confiance pourrait bien naître dans l'UE. Manifestement, ce la ne se fera pas avec les équipes actuellement en poste à Bruxelles

Commentaires

pourquoi pas:)

Ecrit par : Nina_Tool | 20.09.2009

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