29.06.2009

L'emprunt national de 2010

Dimanche 28 juin 2009, 20h59 - Le Journal du Net
François Fillon a annoncé dimanche que l'emprunt national voulu par Nicolas Sarkozy sera lancé début 2010, soulignant qu'il ne s'agissait pas de financer un "deuxième plan de relance" mais des "priorités" bien précises, qui seront arrêtées en novembre.
Le Premier ministre avait réuni l'ensemble de son gouvernement à Matignon pendant plus de deux heures pour mettre au point "le calendrier et les modalités" de mise en oeuvre de ce grand emprunt qu'avait annoncé le chef de l'Etat lundi au congrès de Versailles.
Il a ainsi indiqué que les consultations s'achèveront fin octobre et que "les conclusions" en seraient tirées "dans la première quinzaine de novembre". C'est le Parlement qui prendra alors la main pour "décider à la fois des priorités et en même temps des modalités de l'emprunt". finances rectificative, soit une loi de programmation au début 2010" -qui coïncidera avec la campagne pour les élections régionales-, a-t-il dit. "Dans la foulée, l'emprunt dédié annoncé par le président de la République sera lancé", a ajouté M. Fillon.
Si le Premier ministre a donné quelques pistes sur les "priorités" qui seront retenues - "la croissance verte et le développement durable", "l'université de demain et l'économie de la connaissance"- tout sera décidé à l'issue du processus de consultation, qui débutera mercredi à l'Elysée avec les partenaires sociaux.
Les "responsables économiques", les "acteurs du monde de la recherche, de l'éducation et de la culture" seront associés, pour déterminer "des projets ciblés, en petit nombre, structurants avec une rentabilité financière et socio-économique qui soient clairement appréhendables".
Des "co-financeurs externes" pourrait être sollicités, a affirmé M. Fillon sans autre précision, mais laissant ouvert la possibilité de partenariats public-privé. Selon une source gouvernementale, les dossiers retenus porteront sur du moyen ou long terme, "5 à 10 ans".
M. Fillon a surtout pris soin d'évacuer l'idée d'un deuxième plan de relance de l'économie après celui de 26 milliards d'euros de fin 2008, qui sert à financer 1.000 chantiers tous azimuts. "Il s'agit de dessiner notre vision de la France, c'est à dire de la France de l'après-crise", a-t-il souligné.
"Toutes les ressources de l'emprunt public devront être affectées à des dépenses clairement identifiés comme porteuses de croissance et d'emploi", a insisté le Premier ministre.
Anticipant les critiques sur un nouveau creusement du déficit, déjà abyssal, il a réaffirmé qu'il n'était pas question de puiser dans cette future cagnotte pour résorber les "déficits structurels" ou servir à "des dépenses de fonctionnement".
"Il ne s'agit en aucun cas d'utiliser cet emprunt public comme une solution miracle à toutes nos difficultés budgétaires", a dit M. Fillon.
Au contraire, le gouvernement entend poursuivre la réduction des emplois publics, a-t-il poursuivi, balayant à nouveau une "politique de rigueur" qui serait "absurde".
Le gouvernement n'entend pas non plus recourir à l'emprunt "pour accroître les dépenses sociales".
"Tout ça pour ça", a réagi Pierre Moscovici, membre de la direction nationale du PS. "Il s'agit clairement d'un habillage, alors que la seule utilité pour un emprunt serait de financer un plan de relance sérieux", a-t-il conclu.
Dominique de Villepin, prédécesseur de M. Fillon à Matignon, a pour sa part taclé le Premier ministre, affirmant n'être "pas sûr que l'emprunt soit la formule pour solutionner tous les maux".

24.06.2009

Leçon d'économie, par Jacques Attali

Leçon d'économie, par Jacques Attali publié dans l'internaut
Dans une économie saine, l'emprunt sert à investir pas à consommer.
 
lundi 22 juin 2009
Parmi les innombrables messages qui circulent sur le Net, il en est un, ces jours-ci,  qui m'a beaucoup intrigué. Le voici: «Dans un village qui vit du tourisme, il n'y a plus de touristes, à cause de la crise. Pour survivre, tout le monde emprunte à tout le monde. Plusieurs mois passent, misérables.  Arrive enfin un touriste qui prend une chambre dans l'hôtel, qu'il paie avec un billet de 100 euros. Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher à qui il doit justement cent euros. Le boucher va lui-même  aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande; le paysan, à son tour se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques «services». La prostituée va à l'hôtel pour rembourser à  l'hôtelier les chambres qu'elle louait à l'heure. Comme elle dépose le billet de 100 € sur le comptoir, le touriste, qui  venait dire à l'hôtelier qu'il  devait repartir tout de suite,  ramasse le  billet et disparaît. Au total, chacun a payé sa dette;  rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu, par personne. Et plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale?»
Ce texte étonnant appelle bien des commentaires :
-1.  Quel est le tour de passe-passe? Comment est-il possible de faire disparaitre l'ensemble des dettes de tout un village sans que personne ne dépense un sou (sauf  peut-être  l'hôtelier, qui a perdu la disposition de sa chambre pendant le temps,  même court, pendant lequel le client l'avait louée)? Tout simplement parce que, chaque villageois a une dette à l'égard d'un autre; de façon circulaire. Il  suffit donc, pour l'annuler  pour tous, de l'annuler pour chacun.
-2. La situation globale de l'économie réelle ressemble à la situation de ce village, car chacun, dans le monde, est à la fois créancier de l'un (au moins sa banque) et débiteur d'un autre (au moins une banque), et même de plusieurs autres. Et le total des dettes, par définition, est égal à celui des créances.
-3. Cette histoire donne une belle leçon d'économie: personne, dans  les institutions financières au moins, ne pense à rembourser sa dette; au contraire, beaucoup s'emploient, avec l'argent nouveau qu'ils peuvent recevoir, à en créer de nouvelles, pour eux-mêmes et pour d'autres.
-4. Si l'argent que distribue en ce moment de façon presque illimitée, dans chaque pays, la Banque Centrale (ici, le touriste) servait à rembourser les dettes de tous , et d'abord celles de l'Etat (ici, l'hôtelier),  plutôt qu'à en accumuler de nouvelles, en le dépensant, la crise pourrait etre résolue beaucoup plus vite et plus sainement qu'aujourd'hui, où le recul de la crise s'annonce comme la préparation d'une autre, bien plus terrible, par accumulation de dettes insurmontables.
-5. Peut être faudrait-il enseigner ainsi l'économie. Sans doute comprendrait-on mieux quelques idées simples. Et d'abord, que la priorité d'une économie saine, c'est d'utiliser l'emprunt pour investir, et pas pour consommer. Mais de cela, le système financier ne veut pas entendre parler. Même aujourd'hui, alors que la crise est encore intense, il n'a qu'une seule préoccupation: retourner au plus vite à son métier principal, endetter les autres, pour faire  le maximum de profits.
Jacques Attali

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12.05.2009

800 000 chômeurs de plus d'ici fin 2010

800 000 chômeurs de plus d'ici fin 2010 

Merci de signer  l"Appel: http://www.appeldu2mai.fr/

 
Il y a déjà 3,7 millions de chômeurs inscrits au Pôle Emploi et =’OFCE annonce 800.000 chômeurs supplémentaires en France d’ici fin 2010 !
Hélas, dans la lutte contre le chômage, depuis deux ans qu’il est élu, Nicolas Sarkozy n’a rien fait. Rien de sérieux ! C’est la première fois depuis 30 ans qu’une équipe arrive au pouvoir et affiche une telle désinvolture sur cette question.
Le 5 février, lors de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a dit qu’il envisageait de réunir un Grenelle social. Vu la gravité de la situation, il ne suffit pas l’envisager. Il faut le faire. Et vite !
Pour que les résultats de ces Etats généraux soient à la hauteur des enjeux et ne déçoivent pas les citoyens, il faut que toutes les forces en présence se fixent un objectif mobilisateur et qu’elles acceptent de travailler ensemble aussi longtemps qu’il le faudra pour construire un nouveau Pacte social permettant de diviser par deux le chômage.
Oui, voilà l’objectif : créer 2 millions d’emplois -de vrais emplois- pour diviser par 2 le chômage, rééquilibrer le partage salaires / bénéfices et redonner du pouvoir d’achat à l’ensemble des ménages.
Le 19 février, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, a insisté sur le "caractère ponctuel des mesures sociales" annoncées la veille par le Président. "Ce sont des mesures pour 2009. Ce ne sont pas les mesures qui ont vocation à être reconduites."
Nous ne pensons pas qu’on pourra sortir de la crise uniquement avec des mesures ponctuelles. Nous pensons au contraire que la crise doit être l’occasion d’un véritable sursaut collectif, l’occasion de construire un nouveau pacte social.
En 1982, à Wassenaar aux Pays-Bas, les partenaires sociaux ont pris quelques mois pour négocier un nouveau contrat social : temps de travail, formation, fiscalité, aides aux PME, code du travail, politique de recherche, indemnisation des chômeurs, financement des retraites… Tout a été mis sur la table, sereinement, afin d’arriver à un ensemble de propositions qui a permis, en quelques années, de diviser par deux le chômage et la précarité.
De même, en France, au bout de 30 ans de crise, il est temps de prendre "le taureau par les cornes" et de réunir pendant deux ou trois mois tous les acteurs concernés, afin de construire un nouveau contrat social qui permettra de diviser par deux le chômage et la précarité.
Pour atteindre cet objectif, les Etats généraux devront étudier sans tabou ni exclusive toutes les propositions présentes dans le débat public, y compris -notamment- les 7 propositions du collectif Nouvelle Donne.
Le 5 février, lors de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a dit qu’il envisageait de réunir un Grenelle social. Vu la gravité de la situation, il ne suffit pas l’envisager. Il faut le faire. Et suite ! Il en va de l’avenir de notre république.

Signer l"Appel: http://www.appeldu2mai.fr/

05.04.2009

Crise économique, crise environnementale : deux raisons pour une relance verte, par Jonathon Porritt

Crise économique, crise environnementale : deux raisons pour une relance verte, par Jonathon Porritt
25 mars 2009

Déréglementation, mauvaise évaluation des risques, surconsommation financée par des traites tirées sur un avenir de plus en plus incertain. Le diagnostic semble clair. Mais sur quoi porte-t-il ? Car si ces caractéristiques s’appliquent d’évidence à une « économie casino » devenue folle, elles pourraient tout aussi bien décrire notre relation à l’environnement, écrit l’écologiste britannique Jonathon Porritt, ancien responsable des Amis de la Terre. Là aussi règne la même insouciance, et la consommation ne se soutient qu’au prix de la liquidation de notre capital commun : la terre. Rappelant l’avertissement que vient de lancer le premier conseiller scientifique du gouvernement anglais, qui met en garde contre la « tempête du siècle » environnementale, alimentaire et énergétique qui pourrait nous frapper aux alentours de 2030, Porritt réclame la mise en oeuvre de plans de relances massivement « verts », mettant l’accent sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les réseaux énergétiques intelligents, les nouvelles solutions de transport, etc... qui permettraient le redémarrage économique tout en préparant le futur. Le message est adressé aux britanniques, mais il vaut pour tous.

Par Jonathon Porritt, The Guardian, 24 mars 2009

Une « tempête du siècle » sous forme de pénurie alimentaire, d’eau et de renchérissement de l’énergie frappera l’économie mondiale avant 2030, a averti la semaine dernière John Beddington, le conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique. L’accélération du changement climatique, associé à ce cocktail fatal provoquera des troubles, des conflits transfrontaliers et des migrations de masse - en d’autres termes, un effondrement économique et politique, auprès de quoi la récession économique actuelle semblerait mineure. Si je suis entièrement d’accord avec l’analyse de John Beddington, je crois cependant qu’il se trompe de calendrier. Cette « tempête du siècle » frappera bien plus près de 2020 que de 2030.

Il peut sembler mal venu - voire dénué de pitié, lorsque le chômage frappe deux millions de personnes au Royaume-Uni - d’inviter à se préoccuper d’un éventuel effondrement économique futur. Mais si nous voulons éviter cette récession ultime, pour laquelle il n’y aurait pas de redémarrage habituel dans les conditions normales des cycles d’expansion et de récession, nous devons alors commencer à penser à cette récession présente de manière complètement différente. Tant en termes d’analyse des causes sous-jacentes que des mesures correctives appropriées.

Concernant l’analyse, on semble ignorer le fait que les causes de l’effondrement économique sont exactement les mêmes que celles qui sont à l’oeuvre aujourd’hui derrière la crise écologique - et en particulier l’accélération du changement climatique. Comme le démontre Adair Turner dans le premier rapport publié en tant que président de la Financial Services Authority (FSA), l’obsession néo-libérale de la déréglementation a causé un tort incalculable aux marchés de capitaux. Mais on doit comprendre que la même ferveur dérèglementatrice a également causé des dommages à l’environnement dans le monde entier, depuis 20 ans ou plus.

C’est exactement la même chose lorsque l’on se penche sur les trois éléments qui ont rendu les marchés de capitaux aussi faussement porteurs : mauvaise évaluation du risque, mauvaise allocation du capital, et incitations contre productives. Aux effets catastrophiques sur les marchés correspondent les effets catastrophiques sur l’environnement.

Et puis il y a également la question de la dette. Les gouvernements ont systématiquement permis que s’empilent les dettes des ménages et de l’Etat (avec les folles bulles d’actifs du logement, de la terre et des bien) en souhaitant explicitement alimenter des niveaux élevés de croissance économique. Nous aurons tous à rembourser ces dettes durant les décennies à venir.

Sur le front environnemental, pendant que grossissaient les dettes financières, celles à l’égard de la nature faisaient de même - en termes d’épuisement insoutenable des ressources naturelles, tel que mesuré par la perte de la couche de terre arable, des forêts, de l’eau douce et de la biodiversité. Tout le monde sait qu’entretenir la consommation en liquidant son capital est une folie, mais personne ne semble savoir comment arrêter ce processus.

Il faut ici tirer une conclusion simple : les mêmes abus propre à un « capitalisme de casino », roulant sur la dette, qui ont provoqué l’effondrement de l’économie mondiale sont à l’oeuvre dans l’effondrement à venir des systèmes du vivant dont nous sommes tous tributaires en fin de compte.

Concernant les remèdes à mettre en oeuvre, le lien entre la récession actuelle et la tempête qui nous attend en 2020/30 ne saurait être plus clair : il faut traiter les calamités du jour en investissant dans les infrastructures et les technologies qui aideront demain à éviter d’infiniment pires calamités. En d’autres termes, lancer un énorme « plan de relance vert » proche de ce que nous voyons aux États-Unis, en Corée du Sud et dans d’autres pays européens, en se focalisant sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les réseaux énergétiques intelligents, de nouvelles solutions de transport, etc... (...)

Les politiques nous servent fort mal en dissociant les mesures de redressement économique de ce qui doit être entrepris de toute urgence si l’on veut éviter les affres de l’accélération du changement climatique et le genre de « tempête du siècle » que le conseiller scientifique en chef estime inévitable - à moins que nous ne changions fondamentalement les règles du jeu de la croissance.

Sur le Web :

Biographie et site de Jonathon Porritt


Publication originale The Guardian, traduction par Contre Info