21.10.2009
A New York, les chômeurs s'entraident
Par Alexis Buisson | Journaliste | 20/10/2009 article dans ECO89, Rue89.FR
(De New York) Vu les déboires du Pôle emploi, les chômeurs français seraient bien inspirés de regarder la manière dont leurs homologues américains font face à la récession. A New York, un nouveau système d'entraide pour demandeurs d'emploi, le « buddy system », trouve de plus en plus d'adeptes dans une Amérique en crise.
Lorsque la récession sera passée, Deborah DiRago, Erin Oates et Lee Caron se souviendront sans doute de leurs rencontres hebdomadaires au Lenny's Bagels de Manhattan. Chaque vendredi, qu'il pleuve ou qu'il vente, ces trois Newyorkaises en recherche d'emploi se retrouvent vers 8h30, autour d'une tasse de café, pendant une heure montre en main, pour faire le point sur leurs recherches et se soutenir mutuellement.
Une sorte de groupe d'entraide pour traverser les heures sombres de la récession. Deborah DiRago, à la recherche d'un emploi stable depuis le mois de mai après quinze années dans l'événementiel, le ressent comme ça :
« Ceux qui ont un emploi ne peuvent pas vraiment comprendre ce que nous traversons. Moi-même, lorsque j'avais un emploi, j'avais du mal à comprendre vraiment ce que mes amis sans emploi vivaient.
Nous avons les mêmes hauts et les mêmes bas, poursuit-elle en parlant de ses deux acolytes. Elles peuvent vraiment me comprendre et me conseiller. »
Cette petite thérapie de groupe pour chômeurs ou précaires porte un nom : le « buddy system » (ou « tandem »). Inspiré du principe des groupes de motivation, bien connue du monde du bien-être, la pratique se répand dans le contexte de récession actuelle.
Et la formule séduit ! Dans un pays où seulement 6% des jobs sont trouvés sur des listings tel la sacro-sainte Craigslist, de plus en plus d'Américains adoptent cette nouvelle méthode de recherche d'emploi, collective et non-institutionnelle.
Une tendance qui illustre des évolutions de fond selon Keith Ferrazi, auteur de Never Eat Alone, un livre qui explore l'importance des réseaux en ce début de XXIe siècle :
« En 1985, l'Américain moyen avait trois personnes auxquelles il pouvait se confier. Ce nombre est passé à deux aujourd'hui, et un quart des Américains admettent ne pas avoir de confident (…) Les structures qui nous aidaient à répondre aux questions importantes dans les moments difficiles de la vie -des Eglises aux clubs de socialisation en passant par les parents et les grands-parents- ont disparu ou se sont affaiblies. Nous avons faim de communauté. »
Le principe du « buddy system » est aussi simple qu'ingénieux : trois à quatre demandeurs d'emploi maximum se retrouvent régulièrement pour faire le point sur leur situation, échanger des contacts et des informations glanées lors d'ateliers de formation par exemple, corriger CV et lettres de motivation, et surtout se fixer des objectifs. Un dernier point qu'Erin Oates, à la recherche d'un emploi depuis juillet, apprécie :
« Lorsqu'on cherche un travail seul sur internet, c'est difficile d'être tenu pour responsable ou de s'imposer une discipline. Tout ceux qui voudraient monter un “tandem” doivent être prêts à s'impliquer, à remplir des objectifs (comme rencontrer telle ou telle personne ou un envoyer tel nombre de CV), et à partager des informations. »
Alors que le chômage culmine à 10,3% à New York, son plus haut niveau depuis seize ans, certains demandeurs d'emploi se mobilisent pour que le système soit appliqué au niveau local. C'est le souhait de Briana Campbell, ex-employée d'une start-up de mode, dans son quartier de Greenpoint, à Brooklyn :
« Quand on rencontre quelqu'un qui n'est pas évolué dans le même secteur d'activité, il peut vous faire prendre conscience de nouvelles compétences à exploiter et orienter votre recherche d'emploi dans une autre direction (…) Le “buddy system”, c'est comme faire son jogging : seul et pas motivé, il y a de fortes chances pour qu'on ne le fasse pas. Si quelqu'un vous accompagne, il vous mettra un coup de pied aux fesses ! »
Face au succès des premières réunions d'information, Briana Campbell espère que d'autres quartiers l'imiteront. Et pourquoi pas d'autres pays ?
« Quelque chose comme ça pourrait être appliqué en Europe, estime Deborah DiRago. Ça ne prendra peut être pas tout de suite car la mentalité est différente mais je suis sure que ça peut être utile là-bas aussi. »
17:55 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société
13.10.2009
Le dollar va-t-il se crasher?
Article de Slate.fr le 13 10
Grosses ventes de dollars la semaine passée sur les marchés de change. Et grosse inquiétude corrélative: la monnaie américaine peut-elle glisser puis, les opérateurs spéculant toujours dès lors qu'ils perçoivent un mouvement, peut-elle décrocher et filer vers l'abîme?
Répondons d'entrée: il y a très peu de chances mais ce n'est pas impossible quand même. Très peu de chance parce que les grandes autorités monétaires ont dit qu'elles souhaitent une stabilité des monnaies. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), pour la première fois, a élévé le ton: les banques centrales ne resteront pas inactives. Très peu de chances, surtout, parce que 65% des réserves mondiales de change sont en dollars (contre 25% en euros et 3% en yens) et qu'une chute du billet vert appauvrirait beaucoup de monde à commencer par la Chine.
La Banque de Chine détient 2 000 milliards de dollars, une dévaluation de 10% coûterait à Pékin 200 milliards de dollars: une paille de riz! Encourager le recul de la monnaie américaine n'est donc pas du tout dans l'intention chinoise. La stratégie de Pékin, autant qu'on puisse la deviner, est plutôt de laisser le yuan glisser avec le dollar dans une chute lente (la réévaluation du yuan a été stoppée depuis juillet) mais en parallèle de diversifier progressivement ses réserves. Cela prendra un peu de temps mais on a observé en lisant les statistiques du FMI (Fonds monétaire international) qu'au deuxième trimestre les banques centrales du monde entier ont accumulé 100 milliards de réserves supplémentaires dont 40% seulement en dollars et 50% en euros. En clair, c'est parti! La Chine accumule sûrement beaucoup d'euros et délaisse le billet vert.
Côté américain, le discours officiel de la Maison-Blanche est de moins en moins crédible. Selon tous les communiqués et ce depuis 14 ans: le gouvernement américain est «pour un dollar fort». Larry Summers, conseiller économique et Tim Geithner, le secrétaire au Trésor d'Obama, l'ont encore répété il y a quelques jours. Ce discours a toutes les raisons d'être mis en doute. Les pressions des industriels sont fortes pour que l'administration «laisse filer» si elle veut parvenir à réaliser le souhait présidentiel de «réindustrialiser» l'Amérique, de favoriser sa compétitivité et rétablir un équilibre commercial.
Dans les mois qui viennent, la question est simple: ce mouvement qu'on peut appeler «la baisse orchestrée du dollar» est-il contrôlable par les Chinois et les Américains? Bien entendu, le G20 de Pittsburgh s'est bien gardé de discuter de ce sujet brûlant mais il aurait dû plutôt que de le laisser au G2, Washington-Pékin.
Les raisons qui plaident pour une baisse du dollar sont bien connues depuis dix ans. Elles sont lourdes. Les Etats-Unis continuent d'importer massivement de l'épargne mondiale ce qui affaiblit leur monnaie. Auparavant, c'étaient les ménages qui s'endettaient, aujourd'hui, avec la crise, c'est l'Etat fédéral: le déficit budgétaire va frôler les 1 500 milliards de dollars cette année (soit 9,9% du PIB contre 3,2% en 2008). Quant au déficit commercial, il s'est réduit mais uniquement à cause de la baisse du prix du pétrole. La crise n'a rien résolu sur ces déséquilibres structurels. Depuis début mars, le dollar a perdu 12% face à un panier des principales devises.
Cette faiblesse met le billet vert en position de décrochage permanent. Il en suffit de peu. Le mouvement s'est accéléré la semaine passée parce que la Banque centrale d'Australie a relevé ses taux par surprise, ce qui a fait comprendre aux marchés que la reprise n'avait pas partout la même intensité et que les politiques monétaires allaient se désynchroniser. Les petits pays, ceux qui sont les plus sensibles à l'inflation, changent de direction et décident d'abandonner les politiques «accommodantes» (favorables à la reprise). Ils remontent leurs taux. Première conséquence: les marchés vont pouvoir s'amuser à nouveau, emprunter là où les taux sont faibles pour placer là où ils sont supérieurs. C'est le «carry trade», il est reparti comme avant crise.
Deuxième conséquence: les marchés réexaminent les situations des trois grandes économies, Etats-Unis, Europe, Japon. Quel sera le premier à durcir sa politique monétaire? Une petite modification des taux directeurs de la Fed, la BCE ou la Banque du Japon peut entraîner des flux gigantesques de basculement des opérateurs. Or, Aux Etats-Unis, le président de la Fed de New-York, William Dudley, a prononcé le mot «déflation» ce qui signifie que la banque centrale américaine pourrait conserver plus longtemps une politique «accommodante» de taux bas. Cela a suffit pour que les marchés concluent que la détention de Bonds du Trésor américain portera longtemps un faible intérêt (actuellement entre 0% et 0,25%, contre 0,1% au Japon et 1% en Europe).
Alors à quand le dérapage du dollar? Les économistes n'y croient pas. «La baisse du dollar n'est pas inquiétante», écrit Exane BNP Paribas. En général, les pronostics sont une très légère baisse du billet (à 1,50 dollar pour 1 euro) avant qu'il ne remonte dans un an (à 1,45), au fur et à mesure que la reprise se solidifiera. Regardez, disent les économistes de change, l'appétit pour le dollar continue, les ventes de T-Bonds ne soulèvent aucune difficulté, les taux sur les marchés américains sont bas. L'argument implicite est celui-ci: «où mettre ailleurs son argent?» On ne remplace pas si facilement l'Amérique, première économie mondiale, place large et sécurisée. C'est vrai.
Et pourtant le dollar baisse...
Eric Le Boucher
19:32 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise économique
28.09.2009
L'Euro et le chômage
Dites nous pourquoi !
08:46 Publié dans économie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, monnaie


