03.12.2009

Les pays du Sud s’organisent entre eux

Article du Temps.ch , économie et finance - 3 décembre 09

S’agit-il d’une provocation ou de mettre les grands pays sous pression? C’est dans l’enceinte même où a eu lieu, de lundi à mercredi à Genève, la 7e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), que vingt-deux pays émergents ont signé un accord pour ouvrir leur marché des produits industriels. Alors qu’aucun signe tangible d’avancement des négociations du Cycle de Doha n’a été perceptible durant ces trois derniers jours, ils ont fait comprendre hier qu’ils allaient de l’avant dans la libéralisation des échanges, sans les grandes puissances.

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, a placé cet accord sous l’enseigne de la coopération Sud-Sud. Ce dernier prévoit des baisses de droits de douane d’au moins 20% sur 70% de la totalité des produits qu’ils échangent. Selon une étude, ces réductions devraient apporter 8 milliards de dollars de commerce de plus par an. Par la même occasion, le Brésil et l’Inde ont annoncé qu’ils rendraient leur marché libre de droits de douane aux exportations des pays les moins avancés

Alors que les 22 pays célébraient l’accord Sud-Sud, le Cycle de Doha semblait bien enlisé. Officiellement, le sujet n’était pas à l’agenda de la Conférence ministérielle – Pascal Lamy ne voulant pas mettre un plat qu’à moitié cuisiné sur la table – mais il a fait l’objet de nombreuses déclarations. A l’unanimité, tout le monde a juré qu’il faut conclure les négociations d’ici à 2010, mais sans pour autant donner de signaux positifs. L’Union européenne et le G10 (Suisse, Japon, Corée du Sud, Norvège…) ont affirmé qu’ils n’allaient plus faire de concession dans l’agriculture. Les Etats-Unis, par la voix de Ron Kirk, le représentant au Commerce, ont déclaré qu’ils étaient prêts à avancer, mais qu’ils voulaient plus de concessions pour rendre le paquet plus acceptable par le Congrès. Et pour ne rien arranger, les grands pays émergents veulent faire de l’agriculture l’élément central de tout accord de Doha.

A la conférence, mais aussi dans ses marges, de nombreux diplomates, organisations internationales et non gouvernementales se sont permis de poser des questions sur l’avenir du Cycle de Doha. Pour Meg Jones de l’International Trade Centre, sa conclusion est indispensable pour élever le niveau de vie des plus vulnérables, notamment des femmes paysannes africaines. Roderick Abbot du Centre européen pour la politique économique, a affirmé qu’il faudrait être réaliste et revoir les ambitions de Doha. Benjamin Katjipuka, diplomate namibien, a estimé que les petits pays ne sont que les spectateurs d’un match entre pays industrialisés et grands pays émergents.

 

02.12.2009

Nucléaire: le dangereux mécano du président

 

 

 

 

L'Elysée vient de commettre en quelques semaines trois erreurs consécutives dans la filière nucléaire.

Slate.fr 02 12

Quand on fait une bêtise, il y a deux solutions. La bonne, s'arrêter. La mauvaise, continuer. L'Elysée a choisit la seconde en forçant le constructeur de centrales nucléaires Areva à vendre une de ses filiales stratégiques dans des conditions hautement contestables. Le chef de l'Etat a décidé de céder cette firme, Areva T&D, spécialisée dans les équipements de réseaux électriques, au tandem Alstom-Schneider, alors que les cadres supérieurs de cette maison y sont violemment opposés et à un prix inférieur à des offres concurrentes. Motif: cette solution est française. On imagine facilement les grognes à venir, les recours avec en prime la crainte des syndicats de suppressions d'emplois.

Cela commence à faire désordre dans la filière nucléaire française. Après 20 ans de sommeil, cette technologie voit l'avenir s'ouvrir, à cause du besoin mondial croissant d'énergie et à cause de la rentabilité encore peu évidente des technologies alternatives (solaire, éolien, géothermie, etc). On compte au moins 250 projets de construction de nouvelles centrales nucléaires dans le monde. La France est très bien placée, elle dispose d'un parc de 58 centrales fiables, sans incident notoire, et son industrie, à commencer par Areva, a préservé son savoir faire pendant la traversée du désert. Voilà au moins un secteur d'avenir pour le pays.

Qu'il faille réorganiser la filière, la consolider, la préparer, pourquoi pas. Le débat pourrait s'ouvrir. Mais rien de tel. Tout se passe à l'Elysée dans le plus grand secret, entre le président et le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant. Et ce tandem vient de faire successivement trois couacs très inquiétants.

D'abord, la nomination de Henri Proglio, pdg de Veolia, à la tête de l'EDF. Mi septembre, Nicolas Sarkozy était contre tout rapprochement avec Veolia. En quatre jours, il a été «retourné», par une offensive puissante de Guéant, Borloo, de la CGT et de Proglio lui-même. Finalement, sans qu'on sache pourquoi, un rapprochement entre EDF et Veolia n'est plus interdit. Rappel: le gouvernement avait contraint Suez à se défaire de son eau et de son environnement pour pouvoir fusionner avec GDF. Pourquoi accepter avec Veolia? Pour quoi faire?

Avant même d'être nommé, Henri Proglio déclare que la création d'Areva a été «une erreur» et qu'il faut redessiner la filière. Finalement, il se rétractera. Mais ses déclarations n'ont pour le moins, pas créé un bon climat de coopération entre les partenaires français.

La semaine passée, Claude Guéant convoque dans son bureau Suez-GDF, Areva et Total qui se sont liés pour répondre à un appel d'offre de centrales à Abou Dhabi. Le projet français serait en mauvaise place face aux Coréens, dit-on, car trop cher de 30%. Le secrétaire de l'Elysée ajoute EDF dans le consortium - EDF qui pourtant avait refusé de venir au lancement du projet - et lui confie la direction d'ensemble. Proglio devient, comme il le souhaitait, le «chef de file». On imagine franchement mal comment va s'effectuer concrètement la coopération de Suez et d'EDF. En outre, en quoi cela va faire baisser le prix de l'offre française? Mystère.

Troisième couac: Areva T&D. Areva a besoin de fonds pour grossir face à la demande mondiale; son PDG Anne Lauvergeon a trouvé des groupes étrangers candidats à entrer, de façon très minoritaire, à son capital. Mais l'Elysée refuse et force le groupe à se défaire d'Areva T&D. Cette firme avait été acquise à Alstom qui la négligeait et Areva l'a développée comprenant que la gestion «intelligente» des réseaux électriques était déterminante pour l'avenir.  Pour se recapitaliser, Areva doit se défaire de sa belle filiale. Mais à qui la vendre? Patrick Kron le PDG d'Alstom est candidat associé à Schneider avec pour idée de se séparer les activités et de se les répartir. Un charcutage qui provoque l'ire des syndicats et des cadres. En face, General Electric et Toshiba, qui offrent une valeur supérieure, même si le tandem français aurait accepté de s'aligner.

L'Elysée a tranché en faveur des groupes français, malgré les nombreux inconvénients à venir. Ce choix est compréhensible au nom de la politique industrielle nationale. Mais pourquoi aller au devant d'autant d'ennuis, pourquoi tout simplement ne pas renoncer à une mauvaise vente?

Aucun de ces choix n'est explicite et, du coup, on se demande ce qui motive vraiment toutes ces décisions dans la filière nucléaire française. Un goût nouveau et amateur pour jouer au mécano industriel? Ou est-ce pour faire plaisir aux amis Henri Proglio et Patrick Kron? On n'ose le penser.

Eric Le Boucher

Le Sénat fait son tour de table pour Copenhague

FNE -02-12-2009 / Copenhague et nous


Aujourd’hui, France Nature Environnement était auditionnée au Sénat à l’occasion d’une table ronde organisée par les commissions de l'économie et des affaires européennes en prévision de Copenhague. La Fondation Nicolas Hulot et le MEDEF étaient aussi représentés. C’est le Ministre d’Etat, Jean-Louis Borloo, qui a conclu.

Engagements de réduction de l’Europe et d’atténuation de la Chine, rôle des forêts, instauration de mécanismes de réajustement aux frontières, soutien financier des pays les plus vulnérables : tous les principaux sujets sensibles ont été abordés. L’occasion pour FNE de rappeler quelques concepts essentiels.

 

Face à un MEDEF inquiet de voir l’Europe prête à « forcer l’accord » en s’engageant sur un objectif d’atténuation des émissions réhaussé à 30% pour 2020 par rapport aux émissions de 1990, Sébastien Genest, Président de FNE, a ainsi rappelé le maître mot des négociations actuelles : responsabilité. Les pays industrialisés ont en matière d’émissions une responsabilité particulière, historique, qu’il leur appartient d’assumer au nom de l’équité. L’équité commande des actions volontaristes en faveur des pays les plus vulnérables, impactés de plein fouet par un réchauffement climatique auquel ils ne contribuent pas. Elle implique aussi une meilleure différenciation des pays dits « en développement », qu’il s’agisse de mesurer leur besoin d’aide à l’adaptation ou d’organiser la lutte contre la déforestation. Un point crucial de l’accord de Copenhague à venir que Grégory Jean, Chargé de Mission Forêts à l’international, s’est attaché à défendre.

 

Dans la même veine, au droit à l’innovation invoqué par certains sénateurs, Sébastien Genest a opposé la poursuite du progrès : l’innovation scientifique, pour être porteuse, n’est pas signe d’un progrès systématique. « Le progrès, c’est avant tout un choix de société », a-t-il rappelé.

 

Ces précisions de langage ont été au cœur des conclusions du Ministre d’Etat, s’insurgeant contre les « amalgames, surenchères, confusions » actuels. Il a ainsi rappelé la distinction effectuée dans son plan Justice Climat entre les besoins et capacités des « pays industrialisés » (dans et hors Kyoto), des « grands émergents » et des « pays les plus vulnérables » ; sans que ces catégories ne recouvrent elles-mêmes des situations homogènes. Il est revenu sur la question de la « contrainte », pouvant être espérée attachée à l’accord à venir. Et il a achevé ses propos en précisant que ledit Plan ne valait pas « position française », mais simple « contribution » à l’heure des négociations : c’est bien l’Europe qui s’exprimera, unie et d’une seule voix, à Copenhague.

 

Autant donc s’accorder dès à présent sur les termes.
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