30.10.2009

Les charters de clandestins devraient être «européanisés»

publié par La Croix , le 30 10 09

Pour lutter contre l’immigration clandestine, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, réunis depuis jeudi 29 octobre à Bruxelles, veulent des charters européens pour renvoyer les clandestins. Selon le projet de conclusions du sommet, dont La Croix a eu connaissance, les Vingt-Sept demandent à la Commission européenne d’examiner « la possibilité de vols charters réguliers financés par Frontex », l’agence européenne de sécurité des frontières. Un financement de ces vols par le budget européen et leur caractère « régulier » constitueraient une nouveauté.

Des vols communs à deux ou trois pays européens se pratiquent déjà depuis plusieurs années. Le quotidien La Libre Belgique précisait jueid que les pays du Benelux y avaient recours depuis 2004 pour rapatrier Kosovars et Albanais. « L’Espagne et l’Italie le pratiquent vers l’Afrique, comme la France avec l’Allemagne, cite en exemple un porte-parole du Conseil européen.

Mais il s’agit de vols organisés au cas par cas, financés par les États. Un financement européen serait nouveau. » Siégeant à Varsovie, l’agence Frontex est financée par le budget de l’UE. Les Vingt-Sept sont représentés à son conseil d’administration.

Des retours forcés « sous bannière européenne »

Dans une lettre commune écrite en amont du sommet européen, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi appellent notamment à « l’affrètement régulier par Frontex de vols groupés » : « Nous considérons que les retours forcés devraient être faits sous bannière européenne », a appuyé mardi le ministre français de l’immigration Éric Besson, depuis l’Angleterre.

Sans exclure une telle perspective, le vice-président de la Commission Jacques Barrot, chargé de ces questions, met en garde contre le « tout sécuritaire » : « Les États doivent trouver le point d’équilibre entre la part sécuritaire et la part d’humanité », explique-t-il à La Croix.

À ce titre, le commissaire européen s’apprête à adresser à Paris et à Londres, « dans les tout prochains jours », une lettre leur demandant si le récent vol commun ramenant 27 Afghans vers Kaboul respecte trois conditions : « que les personnes concernées ont eu la possibilité de demander l’asile ; que cette demande a effectivement été refusée ; et que leur vie n’est pas mise en danger dans la région vers laquelle elles sont renvoyées », précise à La Croix le commissaire français.

Les pays du Sud méditerranéen, premiers concernés

L’organisation régulière de vols charters financés sur budget européen n’est pas la seule demande des dirigeants européens. Ces derniers appellent aussi, dans les conclusions prévues venredi 30 octobre du sommet, à une « solidarité tangible et effective avec les États membres sous pression particulière ». La France estime avoir donné l’exemple en accueillant 92 réfugiés en provenance de Malte. Les pays du Sud méditerranéen sont, de fait, les premiers concernés par les mouvements migratoires provenant d’Afrique ou passant par la Turquie, où Jacques Barrot se rendra la semaine prochaine.

À cette fin, les Vingt-Sept veulent aussi une « coopération opérationnelle accrue entre Frontex et les pays d’origine et de transit ». Ils demandent également de clarifier les règles encadrant des opérations conjointes en mer. Face aux demandes d’asile, ils soutiennent la création « avant la fin 2009 » d’un bureau commun européen d’appui.

Le grand débat de Besson

Douce France

Publié par Politis.fr: jeudi 29 octobre 2009, article de Denis Sieffert

Quand tout va mal, en France, que fait-on ? Quand le chômage explose, que les suicides se multiplient dans les entreprises, que les scandales se succèdent en haut lieu, que les mensonges d’État rendent incrédule la Terre entière, que la discorde s’insinue jusque dans les antichambres du pouvoir, que fait-on ? Eh bien, on ouvre un « grand débat sur l’identité nationale ». Ou, si vous préférez, on s’en prend aux Arabes. Je sais bien, il ne faut pas le dire ainsi, ni aussi crûment. D’autant plus que les « Arabes » sont aujourd’hui parfois maliens ou roms ou afghans… Mais, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit. En annonçant, lundi, le prochain lancement d’un « grand débat » dont l’agora sera la préfecture et la sous-préfecture, Éric Besson entreprend une opération de diversion somme toute classique. On se souvient de la douloureuse affaire du voile islamique en 2003 et 2004. Encore avait-on circonscrit l’offensive à l’école. L’entreprise, cette fois, est de plus grande ampleur. Il ne s’agit plus de faire la leçon à quelques adolescentes, mais d’apprendre à être de bons Français à des femmes et des hommes de tous âges, et souvent éprouvés par la vie. Le débat, nous dit-on, sera alimenté par un rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République ». Le ministère de M. Besson précise que la question « Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? » devra être posée « à chacun ».

L’opération ne serait pas à l’évidence motivée par des arrière-pensées aussi sordides, que notre curiosité serait mise en éveil. Oui, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? Nous avons hâte de le savoir. Et de connaître celui qui va nous le dire avec assez de morgue pour croire en une réponse instituée. Comme il se doit dans tout bon débat national, « des propositions seront soumises, en particulier sur la place des symboles nationaux ». Nous citons toujours ici le communiqué officiel du ministère, lequel nous fournit un début de réponse : il y aura par exemple « obligation pour l’ensemble des jeunes Français de chanter, au moins une fois par an, l’hymne national ». Être Français, ce sera ça ! On pourra allégrement trahir ses amis, instrumentaliser le racisme, jouer avec les peurs et les fantasmes de ses contemporains, collaborer idéologiquement avec l’extrême droite, fouler au pied ses engagements de jeunesse, à condition de chanter une fois par an la Marseillaise. Si l’on s’y prend bien, on peut, en une ou deux générations, construire une nation de parfaits salauds, dépourvus de toute morale personnelle, mais connaissant admirablement notre hymne national. Et, bien plus vite que cela, la France peut devenir un fortin hérissé de chevaux de frise, une machine à expulser et à exclure, un pays gorgé de suffisance et de nationalisme. Et que fera-t-on des « mauvais Français », ceux qui répondront mal aux interrogatoires identitaires ou qui chanteront faux la Marseillaise ? Dans quelle catégorie administrative va-t-on les répertorier si, par malheur, ils ne peuvent être rien d’autre que français ?

M. Besson croit-il que les « collabos » de 1940 n’étaient pas instruits de ce civisme que l’on enseignait aux blouses grises de la Troisième République ? Croit-il que les tortionnaires de la bataille d’Alger ignoraient la Marseillaise ? Ou bien les valeurs de la résistance, et parfois de l’insoumission, lui paraissent-elles inférieures à celles qu’il se pique d’imposer ? Évidemment, tout cela serait ridicule si ce n’était dangereux. Le problème n’est pas que des historiens et des sociologues réfléchissent à la question. Inutile donc, pour mieux se vautrer dans le piège tendu par la droite, d’invoquer, comme le fait une certaine gauche, les mânes de Fernand Braudel ou de Marc Bloch. Leur pouvoir d’historien était strictement d’analyse et de description. Ils n’étaient pas sous-préfets et n’affrétaient pas de charters. Le problème est, comme le dit Patrick Weil, lui-même historien, que « ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce qu’est être Français ». Mais, me direz-vous, je me donne bien de la peine pour répliquer à une manipulation dont les ficelles sont énormes. La vérité du « grand débat » de M. Besson ne tient-elle pas dans son calendrier : lancement le 2 novembre, conclusion et « colloque de synthèse » début février ? Nous serons alors à un mois des régionales. Les musulmans auront été sommés d’abjurer quelques-unes de leurs croyances ou de leurs pratiques. Le « communautarisme » aura été dénoncé. L’« autre » aura été jeté en pâture à l’opinion, qui aura réappris à avoir peur de tout ce qui ne lui ressemble pas. Et si la mèche prend, on aura relégué à l’arrière-plan la crise et le chômage assez de temps pour franchir l’échéance électorale. On peut évidemment envisager le problème sous ce seul aspect. Celui du cynisme d’une équipe toujours prête à brûler son « Reichstag ». Mais on peut aussi penser qu’il y a plus grave : un nationalisme de conviction qui hante une partie de la droite sarkozienne. Lorsqu’il affirme qu’il faut défendre « la douce France » créée par Charles Trenet en 1943, Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l’UMP, ne se trompe ni de symbole ni d’époque.

29.10.2009

Ecologie politique : changer le logiciel

Analyse de Corinne Lepage
  
Les coups de gueules répétés de Daniel Cohn-Bendit à l'égard des Verts témoignent de la difficulté de changer de logiciel. Le succès de l'Europe écologie aux élections européennes n'est pas le succès des Verts ; il traduit l'espoir porté par Dany Cohn-Bendit de sortir l'écologie politique de l'ornière dans laquelle elle se trouvait en ouvrant les portes vers les non-verts principalement représentés par l'arrivée de  quelques responsables associatifs et d’Eva Joly.
La bataille qui se joue aujourd'hui est celle de transformer cette alliance de circonstance en une nouvelle forme d'action politique dans laquelle d'autres partis politiques que les Verts pourraient trouver leur place. C'est précisément ce que les Verts refusent considérant qu'ils doivent être la seule force organisée au sein du mouvement en formation et par voie de conséquence décider du sort de tous les autres.
Il va de soi qu'une telle attitude est inacceptable sur la forme comme sur le fond. L'union de tous les écologistes et au-delà de tous ceux qui considèrent que la question de la soutenabilité est la question première qui commande toutes les autres, passe évidemment par une organisation qui respecte tous les participants, faute de quoi Europe écologie se réduira comme une peau de chagrin aux seuls verts et quelques assimilés, qui ne répondront évidemment pas l'immense espoir suscité par les Européennes.
Mais, il ne s'agit pas seulement de la forme ; il s'agit également du fonds. Les Verts, en particulier français, portent une idéologie très marquée à l'extrême gauche, même si le secrétariat général actuel ouvre davantage. Or, la construction d’Europe Ecologie et plus généralement d'un grand mouvement d'écologie politique passe par une synthèse des différentes réponses que les écologistes proposent à l'analyse commune qu'ils font de la situation actuelle. La fermeture , voire le sectarisme dont certains Verts font  preuve rend impossible cette réflexion pourtant indispensable.
Si ce comportement persistait, il rendrait inévitable le maintien du morcellement actuel et les tentatives, difficiles, de transformer des partis traditionnels en partis effectivement porteurs de développement soutenable.
Le sujet est d’autant plus fondamental que le sujet de la démocratie et des libertés va s’avérer comme le partenaire incontournable du débat écologique. Comment en effet, dans le monde très largement non démocratique et où, dans les démocraties, les tentations autoritaires et de surveillance sont de plus en plus grandes (ce qui n'empêche évidemment pas les mêmes qui veulent plus de surveillance de se battre pour la dérégulation) trouver la voie d'une gouvernance démocratique d'une répartition plus équitable ? Les ponts entre démocratie et écologie doivent plus que jamais être lancés. La biodiversité politique est nécessaire aussi en écologie politique.
 
La question du libéralisme économique, de la régulation, de la décentralisation économique et énergétique, de la liberté de circulation de l'information sont des sujets essentiels dans les solutions qui peuvent être mises en place pour répondre aux défis écologiques.
Pour  toutes ces raisons, il est plus que souhaitable que le discours raisonnable Daniel Cohn-Bendit soit entendu des Verts.
En attendant, il semble qu’une belle occasion de créer une force capable de dynamiser et d’innover soit en passe d’être perdue.
Corinne Lepage
 
http://www.cap21.net/dynamic/dossier.php?id=1740