27.05.2009

François Bayrou attaqué de partout

Publié le 27/05/2009 à 13:13 Reuters - Le point du 27 05 09

François Bayrou se dit fier d'être attaqué de tous côtés

François Bayrou estime que les attaques dont il est l'objet venant de tous les bords politiques sont autant de bons signes pour lui. /Photo prise le 19 mai 2009/REUTERS/Stéphane Mahe

François Bayrou estime que les attaques dont il est l'objet venant de tous les bords politiques sont autant de bons signes pour lui.

Lors de l'escale niçoise de sa campagne européenne et avant de s'arrêter à Marseille et Aix mercredi soir, le président du MoDem, troisième force du scrutin européen du 7 juin selon tous les sondages, pense que les électeurs ne sont pas dupes.

"Lorsque tout le monde vous attaque, c'est que vous êtes en train de réussir. Les gens pensent que si tout les partis se liguent contre un responsable politique, c'est qu'il dit des choses fortes, qui dérangent, et qui vont au-delà de la langue de bois", a-t-il déclaré à la presse.

Selon lui, le succès de son dernier livre "Abus de pouvoir" sur le système de Nicolas Sarkozy en est la preuve éclatante.

"C'est la première fois depuis bien longtemps qu'un livre politique est en tête des ventes, ça veut dire que les gens se reconnaissent dans cette manière de ne rien céder, d'oser, ce que les partis d'opposition ne font plus depuis bien longtemps."

Et François Bayrou de fustiger dans la foulée trois initiatives qui ont marqué l'actualité au cours de ces derniers jours, l'inauguration par Nicolas Sarkozy d'une base militaire française à Abou Dhabi, la proposition visant à autoriser le télétravail pendant le congé maladie et le projet d'installation de portiques de sécurité à l'entrée des écoles.

BASE MILITAIRE À ABOU DHABI

Il s'est dit "très choqué et inquiet" par l'engagement de la France à Abou Dhabi, décision prise selon lui sans concertation.

"On annonce l'ouverture d'une base militaire à quelques encablures de l'Iran, dans la région la plus 'brûlante' de la planète, avec des accords de défense qui peuvent engager la France dans un conflit extraordinairement dangereux, sans l'avoir voulu. C'est la France qu'on expose et moi je trouve que c'est terriblement inquiétant", a-t-il déclaré.

Le président du MoDem a souligné que jusqu'à présent la France avait toujours veillé à garder son libre arbitre dans cette région. "Là, sans concertation aucune, sans discussion, pour la première fois depuis cinquante ans, on ouvre une base dans le monde. C'est un changement de stratégie majeur dans une zone de conflits extrêmement lourds."

"On n'a pas le droit de faire ça sans l'avoir exposé à la Nation, c'est un abus de pouvoir", a-t-il ajouté.

Les portiques en milieu scolaire, "ça ne se fera pas", a-t-il poursuivi en soulignant "qu'une école n'est pas un commissariat de police" et que contrôler les élèves sera impossible à mettre en pratique.

"Les valeurs de l'éducation, ce n'est pas de transformer les principaux et les proviseurs en officiers de police", dit-il.

Il s'est également insurgé contre la proposition du député UMP Frédéric Lefebvre, rejetée par le gouvernement, concernant le télétravail lors d'un congé maladie.

"Vous trouvez que ça va, que c'est un bon modèle société ça ? Très vite les employeurs distingueront deux sortes de gens, les malades qui acceptent de travailler et ceux qui ne l'accepteront pas et les uns et les autres seront notés différemment", a-t-il conclu.

Pierre Thébault, édité par Yves Clarisse

19.05.2009

la révolution néoconservatrice à la française

Tribune : La révolution néoconservatrice à la française, par Corinne Lepage
18 mai 2009

La « révolution néoconservatrice » à la française engagée par le président de la République visait à nous rapprocher du modèle ultra-libéral, aujourd’hui déchu, rappelle Corinne Lepage. Or, si la France résiste plutôt mieux aux conséquences de la crise, c’est justement parce qu’elle n’a pas entièrement renoncé aux fondements du pacte républicain : rôle de l’Etat, importance des service publics, politiques de redistribution, qui sont autant de stabilisateurs, garants de la cohésion sociale. Refuser de remettre en cause les mesures prises au début de son mandat, inspirées du système Anglo-Saxon, est « doublement suicidaire pour notre économie et au-delà notre système social, » juge-t-elle.

Par Corinne Lepage, 18 mai 2009

La volonté réaffirmée de maintenir le cap des réformes dites libérales procède d’une double erreur, globale et nationale.

-  D’une part, l’erreur de croire que ce serait les réformes engagées depuis deux ans qui permettraient à la France de subir moins brutalement que les autres pays industrialisés et notamment européens les effets de la crise actuelle. C’est évidemment faux. D’une part, en réalité, peu de réformes profondes ont été engagée si ce n’est celle de la réforme des heures supplémentaires et du temps de travail qui en réalité aggrave le chômage, conduisant les entreprises à augmenter les heures supplémentaires plutôt qu’à embaucher, si elles sont, ce qui est rare aujourd’hui, un surcroît de travail. D’autre part, c’est précisément le modèle social français, c’est-à-dire ce que le gouvernement n’est pas arrivé à détruire - qui a permis ce résultat. En effet, le système de protection sociale fonctionne encore, le poids de la fonction publique est important , enfin, le taux d’endettement est très inférieur à celui des pays anglo-saxons.

Dès lors, même si le surendettement des ménages a considérablement augmenté, il n’atteint pas et de loin les proportions de l’endettement américain d’où une consommation moins réduite même si le niveau moyen des salaires en France est désormais en dessous de la moyenne européenne. En conséquence, non seulement ce ne sont pas lés réformes récentes qui expliquent la meilleure résistance française, mais encore c’est précisément le modèle auquel elles prétendaient s’attaquer qui l’ont permise.

-  D’autre part, il est pour le moins paradoxal, voire insane de vouloir choisir un modèle au moment même où ceux qui ont fait ce choix, décident d’en sortir. En effet comment imaginer vouloir réduire le poids de l’Etat, accroitre le modèle inégalitaire et libéraliser au moment où le système financier a du faire appel aux Etats pour ne pas sombrer, où les mouvements sociaux réclamant une meilleure répartition de la richesses se multiplient et où l’incapacité du marché à s’auto-organiser a été démontrée. Non seulement nous avons une guerre de retard, mais de surcroît risquons une fois encore d’agir à contretemps nous privant ainsi des avantages et de l’avance que nous donnent notre système.

En particulier, le dogme du bouclier fiscal et d’une politique volontairement inégalitaire (en particulier en refusant de s’attaquer à la question des suppléments de rémunération des dirigeants) est doublement suicidaire pour notre économie et au-delà notre système social.

-  D’une part, le renforcement du pouvoir d’achat des classes moyennes est indispensable si l’objectif est de maintenir un niveau de consommation, ce qui ne dispense évidemment pas d’orienter cette consommation vers une économie soutenable. C’est un débat essentiel mais complémentaire du présent propos. En effet à partir du moment où la substitution du crédit à l’augmentation des salaires fait partie du passé, seule la réduction des inégalités peut asseoir le développement. P.Artus évalue à 3% le niveau de dépenses des ménages en France contre 9% en Grande Bretagne, 5,7% aux Etats-Unis et 10% en Espagne. Nous avons donc un atout majeur qui doit être renforcé et non détruit.

-  D’autre part, cette politique, qui tourne le dos à notre pacte commun, attise la violence et la frustration à u n moment où la solidarité devrait précisément progresser.

Enfin cette libéralisation dogmatique est à géométrie extrêmement variable. Elle n’exclut pas les aides aux grands de l’automobile mais oublie les aides aux sous traitants (moins de 5% de l’enveloppe), elle finance le nucléaire mais n’investit quasiment pas dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. Elle sauve les banques sans contrepartie, joue au mécano structurel des établissements sans oublier de nommer les responsables qui devraient l’être par les établissements eux même, mais s’attaque à l’université et demain à la santé et s’arrange pour supprimer les règles de concurrence dans les marchés publics, dans la limite extrême de ce que tolère les seuils européens.

En réalité, la révolution néoconservatrice à la française ne consiste-t-elle pas à conforter dans notre pays les facteurs qui ont précisément eu les conséquences les plus tragiques pour les nations qui y ont été les plus exposées en refusant de surcroit d’investir dans les secteurs qui sont les plus porteurs pour sortir des crises : les hommes (éducation et santé) et l’économie verte.

Sommes nous vraiment condamnés à subir des erreurs historiques à répétition ?


Tribune communiquée par CAP21