27.05.2009

Allègre et l'oxymore gouvernementale

Article du Nouvel Observateur du 27 05 09

Allègre et l'oxymore gouvernementale par Corinne Lepage

L’arrivée annoncée de Claude Allègre au gouvernement traduit en l’amplifiant et en le transformant la politique dite d’ouverture menée par le Président Sarkozy.
En imaginant seulement faire appel à Claude Allègre qui illustre en France le négationnisme écologique et le scientisme élevé au rang d’une religion, le faisant ainsi cohabiter avec Jean Louis Borloo, le Président pratique à l’échelle gouvernementale la politique de l’oxymore ; il s’agit en fait de réunir des contraires au sein de la même formule pour lui faire perdre toute signification.
En général, c’est une locution, qui permet aussi de prétendre à une forme de synthèse alors qu’il s’agit d’un non sens. Ici il s’agit ici d’un acte et non d’une parole.
En effet, cette arrivée traduit en fait la mort du Grenelle déjà mal en point dans les faits, même si Grenelle 1 était voté en juin. Tous les choix, à commencer par le tout nucléaire, dont Allègre est un des grands thuriféraires, en témoignent.
Afficher Grenelle et Allègre, c’est vouloir faire coexister Tchernobyl et l’agriculture biologique, santé et produit cancérigène, Galilée et Lyssenko, c’est aussi illustrer le peu de cas qui est fait de la personnalité et de la politique des ministres qui, de toutes façons, ne sont là que pour le casting et l’application d’ une seule politique et une seule stratégie, celle de Nicolas Sarkozy, qu’il s’agisse de la politique officielle ou du projet réel et souverain. Il traduit également une forme de mépris pour ces personnalités, ramenées au rang de "prise de guerre" et pour l’UMP, de fait considérée comme incapable d’être un creuset suffisant pour le gouvernement.
Dans ces conditions, le choix fait par quelques personnalités de gauche ou même du Modem, (à moindre mesure si elles ont un passé de droite marqué), de rejoindre le gouvernement est d’autant plus grave. Il illustre à la fois la crise de la conviction en politique qui explique évidemment aussi la désaffection des citoyens et la crise profonde du modèle actuel des partis politiques.
Comment en effet les Français pourraient-ils croire les discours politiques, les projets, les promesses lorsque des responsables de haut niveau changent de camp et de lignes politiques dans un seul objectif : satisfaire leur égo.
Ce comportement fait évidemment douter de l’engagement et a fortiori de la conviction des hommes et femmes politiques en général et pas seulement des quelques uns qui cèdent à la tentation et éprouvent le besoin pour se justifier et essayer de se déculpabiliser de dénigrer leurs anciens amis.
Dès lors, c’est le rôle même des partis politiques traditionnels dans la France de 2009 qui est en cause. Ayant perdu en réalité toute capacité à imaginer des projets de société et à rendre possible ce que la pensée unique prétend ne pas l’être, les partis politiques se sont transformés en machine de prise de pouvoir à tous les niveaux. Dès lors qu’il ne s’agit que de cela, à la limite peu importe pour quoi faire et avec qui le faire.
La reconquête et la refondation de la République ne pourront se faire que pour autant que le projet politique redeviendra la priorité. Mais tel n’est évidemment pas l’objectif de l’hôte de l’Elysée, qui est de réduire la capacité de proposition d’une alternative gouvernementale. La déconsidération des formations auxquelles appartiennent les ralliés potentiels fait partie de ce projet.
Dès lors, le seul choix est évidemment celui du refus de collaboration au sein du gouvernement de tous les responsables d’opposition- hors bien sur un gouvernement d’union nationale qui définirait sa propre politique, et de la remise en cause de la responsabilité morale de ceux qui ne s’y plieraient pas.
Ainsi, l’image de mercenaire, évoquée par Claude Goasguen deviendrait la seule possible pour ceux qui auraient fait le choix inverse, inversant le sens même de la communication élyséenne. Le non sens de ces nominations apparaîtraient pour ce qu’elles sont, une expression additionnelle et d’un hyperprésidentialisme, traduisant un affaiblissement supplémentaire de la fonction ministérielle dans sa qualité comme dans sa capacité.

Corinne Lepage, Vice Présidente du Modem, Présidente de CAP21

19.05.2009

Association France Nature Environnement - OGM : les vrais enjeux du Haut Conseil des Biotechnologies

OGM : les vrais enjeux

du Haut Conseil des Biotechnologies



La première réunion du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) s’est tenue le 12 mai 2009. France Nature Environnement (FNE) se félicite de la prise de fonction d’un organisme répondant aux vœux du Grenelle de l’Environnement.

Le rôle du Haut Conseil des Biotechnologies sera d’éclairer le gouvernement grâce à deux comités d’experts et de représentants de la société civile.

Cependant, la composante éthique, social et économique, à laquelle FNE participe, ne pourra émettre que des recommandations alors que la composante scientifique émettra des avis et que, de plus, ces deux comités ne siègent pas ensemble au moment des débats. C’est un net recul par rapport au comité de préfiguration qui a précédé le HCB.

Evaluer tous les enjeux des OGM

Pour Lylian le Goff, responsable du dossier OGM pour FNE : « il importe, bien au-delà des aspects scientifiques portant sur la santé et l’environnement, d’évaluer les vrais enjeux : les risques et intérêts de toute innovation en fonction des critères socio-économiques et géostratégiques du développement durable qui conditionne notre avenir et la politique des Etats. La question fondamentale devant orienter les débats et prises de décision étant, en l’occurrence : tel OGM est-il compatible avec les critères du développement durable ? »

Deux dossiers urgents, de la plus haute importance, devraient mobiliser les travaux du HCB dans un proche avenir :

Définir le « sans OGM »

Il s’agit de combler une lacune européenne. De cette définition dépendra l’intégrité des semences, de l’environnement et des cultures vis-à-vis des contaminations transgéniques. Lylian Le Goff continue : « C’est aussi grâce à cette définition que les consommateurs devraient bénéficier d’une information honnête avec un étiquetage transparent des produits, particulièrement ceux issus d’animaux en fonction de leur alimentation avec ou sans OGM et à quel taux. » .


Etablir des protocoles d’évaluation des risques des OGM

Jusqu’à présent, les avis rendus par les commissions d’experts européens (EFSA) ou nationaux le sont uniquement après examen du dossier fourni par le demandeur d’autorisation, sans contre-expertise toxicologique indépendante comme inscrite dans le projet de loi Grenelle 1. Le gouvernement doit mettre en œuvre des moyens logistiques et budgétaires pour mener ces contre-expertises.
Avec de nouveaux protocoles d’évaluation, il s’agit aussi de répondre à la demande du Conseil des ministres européens de l’environnement de « renforcer et d’harmoniser les méthodes d’évaluations des risques OGM en Europe ».
Pour FNE, la question des OGM ne se limite pas à un débat scientifique. Il faut tenir compte de tous les impacts des OGM, de leurs relations avec les pesticides sur le plan toxicologique, mais aussi de leurs conséquences socio-économiques. C’est ce message qu’elle portera au sein du Haut Conseil des Biotechnologies.