30.10.2009

Le grand débat de Besson

Douce France

Publié par Politis.fr: jeudi 29 octobre 2009, article de Denis Sieffert

Quand tout va mal, en France, que fait-on ? Quand le chômage explose, que les suicides se multiplient dans les entreprises, que les scandales se succèdent en haut lieu, que les mensonges d’État rendent incrédule la Terre entière, que la discorde s’insinue jusque dans les antichambres du pouvoir, que fait-on ? Eh bien, on ouvre un « grand débat sur l’identité nationale ». Ou, si vous préférez, on s’en prend aux Arabes. Je sais bien, il ne faut pas le dire ainsi, ni aussi crûment. D’autant plus que les « Arabes » sont aujourd’hui parfois maliens ou roms ou afghans… Mais, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit. En annonçant, lundi, le prochain lancement d’un « grand débat » dont l’agora sera la préfecture et la sous-préfecture, Éric Besson entreprend une opération de diversion somme toute classique. On se souvient de la douloureuse affaire du voile islamique en 2003 et 2004. Encore avait-on circonscrit l’offensive à l’école. L’entreprise, cette fois, est de plus grande ampleur. Il ne s’agit plus de faire la leçon à quelques adolescentes, mais d’apprendre à être de bons Français à des femmes et des hommes de tous âges, et souvent éprouvés par la vie. Le débat, nous dit-on, sera alimenté par un rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République ». Le ministère de M. Besson précise que la question « Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? » devra être posée « à chacun ».

L’opération ne serait pas à l’évidence motivée par des arrière-pensées aussi sordides, que notre curiosité serait mise en éveil. Oui, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? Nous avons hâte de le savoir. Et de connaître celui qui va nous le dire avec assez de morgue pour croire en une réponse instituée. Comme il se doit dans tout bon débat national, « des propositions seront soumises, en particulier sur la place des symboles nationaux ». Nous citons toujours ici le communiqué officiel du ministère, lequel nous fournit un début de réponse : il y aura par exemple « obligation pour l’ensemble des jeunes Français de chanter, au moins une fois par an, l’hymne national ». Être Français, ce sera ça ! On pourra allégrement trahir ses amis, instrumentaliser le racisme, jouer avec les peurs et les fantasmes de ses contemporains, collaborer idéologiquement avec l’extrême droite, fouler au pied ses engagements de jeunesse, à condition de chanter une fois par an la Marseillaise. Si l’on s’y prend bien, on peut, en une ou deux générations, construire une nation de parfaits salauds, dépourvus de toute morale personnelle, mais connaissant admirablement notre hymne national. Et, bien plus vite que cela, la France peut devenir un fortin hérissé de chevaux de frise, une machine à expulser et à exclure, un pays gorgé de suffisance et de nationalisme. Et que fera-t-on des « mauvais Français », ceux qui répondront mal aux interrogatoires identitaires ou qui chanteront faux la Marseillaise ? Dans quelle catégorie administrative va-t-on les répertorier si, par malheur, ils ne peuvent être rien d’autre que français ?

M. Besson croit-il que les « collabos » de 1940 n’étaient pas instruits de ce civisme que l’on enseignait aux blouses grises de la Troisième République ? Croit-il que les tortionnaires de la bataille d’Alger ignoraient la Marseillaise ? Ou bien les valeurs de la résistance, et parfois de l’insoumission, lui paraissent-elles inférieures à celles qu’il se pique d’imposer ? Évidemment, tout cela serait ridicule si ce n’était dangereux. Le problème n’est pas que des historiens et des sociologues réfléchissent à la question. Inutile donc, pour mieux se vautrer dans le piège tendu par la droite, d’invoquer, comme le fait une certaine gauche, les mânes de Fernand Braudel ou de Marc Bloch. Leur pouvoir d’historien était strictement d’analyse et de description. Ils n’étaient pas sous-préfets et n’affrétaient pas de charters. Le problème est, comme le dit Patrick Weil, lui-même historien, que « ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce qu’est être Français ». Mais, me direz-vous, je me donne bien de la peine pour répliquer à une manipulation dont les ficelles sont énormes. La vérité du « grand débat » de M. Besson ne tient-elle pas dans son calendrier : lancement le 2 novembre, conclusion et « colloque de synthèse » début février ? Nous serons alors à un mois des régionales. Les musulmans auront été sommés d’abjurer quelques-unes de leurs croyances ou de leurs pratiques. Le « communautarisme » aura été dénoncé. L’« autre » aura été jeté en pâture à l’opinion, qui aura réappris à avoir peur de tout ce qui ne lui ressemble pas. Et si la mèche prend, on aura relégué à l’arrière-plan la crise et le chômage assez de temps pour franchir l’échéance électorale. On peut évidemment envisager le problème sous ce seul aspect. Celui du cynisme d’une équipe toujours prête à brûler son « Reichstag ». Mais on peut aussi penser qu’il y a plus grave : un nationalisme de conviction qui hante une partie de la droite sarkozienne. Lorsqu’il affirme qu’il faut défendre « la douce France » créée par Charles Trenet en 1943, Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l’UMP, ne se trompe ni de symbole ni d’époque.

23.10.2009

Jean Sarkozy renonce à la présidence de l'EPAD... Les citoyens ont eu raison avant tout le monde !

Publié sur http://www.monputeaux.com/  :

Jean Sarkozy a donc annoncé ce soir dans le 20h de France 2 qu'il ne
se portera pas candidat à la présidence de l'EPAD. Ne gâchons pas
notre plaisir : c'est une belle victoire !
Mes pensées vont aux plus de 93.000 personnes qui ont signé la
pétition. Dans ce texte, en quelques lignes, nous lui demandions de
renoncer, tout simplement parce qu'il n'avait pas le profil pour la
fonction. Il l'a fait. C'est une décision sage, qui apaise. C'est
bien.

Malheureusement, il gâche un peu ce geste de bon sens en parlant de
"manipulaton". Nous serions des citoyens manipulables incapables de
réflexion.

Mais qui a tenté de manipuler qui dans cette histoire ?

En effet, que n'avons-nous pas entendu depuis le 8 octobre, jour du
lancement de notre protestation citoyenne ! Tout ce qui compte à l'UMP
a été mobilisé sur les ondes et dans les journaux pour "sauver le
soldat Jean" :

La première semaine, le fils du chef de l'Etat, fils d'un génie et
donc génie lui-même (on a entendu ça, oui !), était le candidat idéal,
celui qui, par sa jeunesse et son dynamisme, allait renouveler la
politique ; celui qui, par son talent quasi universel, allait relancer
l'économie française !

La seconde semaine, l'argumentaire avait déjà été un peu modifié : la
fonction de président de l'EPAD devenait insignifiante, symbolique...
C'est le directeur qui, en fait, décidait tout. J'ai même entendu le
président des Jeunes Populaires dire que l'EPAD, "ça gérait l'eau et
l'électricité de La Défense". Sans rire !

Gérer l'aménagement d'un quartier où sont installés 2.500 entreprises
où travaillent 150.000 salariés, dans un territoire peuplé de 200.000
habitants : une paille ! Tout cela ne représentait rien ! Mais alors
pourquoi vouloir absolument que ce soit Jean Sarkozy le président de
ce grand rien ?

Quelle grossière erreur politique, tout de même, toute cette affaire !

Qui avait tort finalement et qui avait raison ?

NOUS avions raison ! Les citoyens - sur les réseaux sociaux, sur
Twitter (#jeansarkozypartout), sur les blogs - se sont mobilisés, ont
dit non, ont relayé des textes, des vidéos, ont publié des milliers de
commentaires... et ont signé par dizaines de milliers la pétition !
Les partis sont venus après. Et les médias traditionnels encore après.

Pourquoi une telle mobilisation ? Ce n'était pas une question de
droite ou de gauche. Nous nous sommes sentis agressés. Ce sont les
valeurs qui fondent notre démocratie qui ont été atteintes. Le
favoritisme et le népotisme nous sont insupportables, surtout quand
cela vient du chef de l'Etat ! "République bananière", avons-nous
pensé ! Spontanément, collectivement, nous nous sommes défendus.

Cette vigilance citoyenne a fait reculer les auteurs de ce mauvais
scénario. Ils ont reculé, mais ils n'ont pas renoncé pour autant.

Jean Sarkozy sera élu, vendredi matin au conseil général des Hauts-de-
Seine à Nanterre, représentant du département au conseil
d'administration de l'EPAD. Il rêvait du siège de président, il devra
se contenter de celui d'administrateur. En attendant mieux ?

Soyons vigilants ! Restons mobilisés !  

Christophe Grébert


21.10.2009

A New York, les chômeurs s'entraident

Par Alexis Buisson | Journaliste | 20/10/2009 article dans ECO89, Rue89.FR

(De New York) Vu les déboires du Pôle emploi, les chômeurs français seraient bien inspirés de regarder la manière dont leurs homologues américains font face à la récession. A New York, un nouveau système d'entraide pour demandeurs d'emploi, le « buddy system », trouve de plus en plus d'adeptes dans une Amérique en crise.

Lorsque la récession sera passée, Deborah DiRago, Erin Oates et Lee Caron se souviendront sans doute de leurs rencontres hebdomadaires au Lenny's Bagels de Manhattan. Chaque vendredi, qu'il pleuve ou qu'il vente, ces trois Newyorkaises en recherche d'emploi se retrouvent vers 8h30, autour d'une tasse de café, pendant une heure montre en main, pour faire le point sur leurs recherches et se soutenir mutuellement.

Une sorte de groupe d'entraide pour traverser les heures sombres de la récession. Deborah DiRago, à la recherche d'un emploi stable depuis le mois de mai après quinze années dans l'événementiel, le ressent comme ça :

« Ceux qui ont un emploi ne peuvent pas vraiment comprendre ce que nous traversons. Moi-même, lorsque j'avais un emploi, j'avais du mal à comprendre vraiment ce que mes amis sans emploi vivaient.

Nous avons les mêmes hauts et les mêmes bas, poursuit-elle en parlant de ses deux acolytes. Elles peuvent vraiment me comprendre et me conseiller. »

 

Cette petite thérapie de groupe pour chômeurs ou précaires porte un nom : le « buddy system » (ou « tandem »). Inspiré du principe des groupes de motivation, bien connue du monde du bien-être, la pratique se répand dans le contexte de récession actuelle.

Et la formule séduit ! Dans un pays où seulement 6% des jobs sont trouvés sur des listings tel la sacro-sainte Craigslist, de plus en plus d'Américains adoptent cette nouvelle méthode de recherche d'emploi, collective et non-institutionnelle.

Une tendance qui illustre des évolutions de fond selon Keith Ferrazi, auteur de Never Eat Alone, un livre qui explore l'importance des réseaux en ce début de XXIe siècle :

« En 1985, l'Américain moyen avait trois personnes auxquelles il pouvait se confier. Ce nombre est passé à deux aujourd'hui, et un quart des Américains admettent ne pas avoir de confident (…) Les structures qui nous aidaient à répondre aux questions importantes dans les moments difficiles de la vie -des Eglises aux clubs de socialisation en passant par les parents et les grands-parents- ont disparu ou se sont affaiblies. Nous avons faim de communauté. »

 

Le principe du « buddy system » est aussi simple qu'ingénieux : trois à quatre demandeurs d'emploi maximum se retrouvent régulièrement pour faire le point sur leur situation, échanger des contacts et des informations glanées lors d'ateliers de formation par exemple, corriger CV et lettres de motivation, et surtout se fixer des objectifs. Un dernier point qu'Erin Oates, à la recherche d'un emploi depuis juillet, apprécie :

« Lorsqu'on cherche un travail seul sur internet, c'est difficile d'être tenu pour responsable ou de s'imposer une discipline. Tout ceux qui voudraient monter un “tandem” doivent être prêts à s'impliquer, à remplir des objectifs (comme rencontrer telle ou telle personne ou un envoyer tel nombre de CV), et à partager des informations. »

 

Alors que le chômage culmine à 10,3% à New York, son plus haut niveau depuis seize ans, certains demandeurs d'emploi se mobilisent pour que le système soit appliqué au niveau local. C'est le souhait de Briana Campbell, ex-employée d'une start-up de mode, dans son quartier de Greenpoint, à Brooklyn :

« Quand on rencontre quelqu'un qui n'est pas évolué dans le même secteur d'activité, il peut vous faire prendre conscience de nouvelles compétences à exploiter et orienter votre recherche d'emploi dans une autre direction (…) Le “buddy system”, c'est comme faire son jogging : seul et pas motivé, il y a de fortes chances pour qu'on ne le fasse pas. Si quelqu'un vous accompagne, il vous mettra un coup de pied aux fesses ! »

 

Face au succès des premières réunions d'information, Briana Campbell espère que d'autres quartiers l'imiteront. Et pourquoi pas d'autres pays ?

« Quelque chose comme ça pourrait être appliqué en Europe, estime Deborah DiRago. Ça ne prendra peut être pas tout de suite car la mentalité est différente mais je suis sure que ça peut être utile là-bas aussi. »

 

19.10.2009

Le Grenelle II : Révolution verte ou verdissement trop timide ? dossier Terra Nova

 Pour mieux comprendre:

 

"Terra Nova a réalisé depuis plusieurs mois un travail d’expertise sur la loi Grenelle II. Ce travail a été présenté le mardi 13 octobre lors d’un débat à l’Assemblée nationale, à l’issue de l’examen du projet de loi par le Sénat. Si le Grenelle de l’environnement a eu le mérite d’inaugurer de nouvelles pratiques de consultation de la société civile, le Gouvernement ne s’est pas saisi du soutien qui lui a été accordé. Le projet de loi « Grenelle II », tel qu’il sera présenté à l’Assemblée nationale à la fin de l’année, ne concrétise pas le déploiement du développement durable en France : les paroles ne se sont pas traduites en actes."

 http://www.tnova.fr/index.php/component/content/article/4...-

05.10.2009

Jusque quand les classes moyennes accepteront?

Les dysfonctionnements actuels du système économique et financier aggravent un peu plus chaque jour la déconstruction du tissu économique et social, un peu partout dans le monde alors que nous devons faire face simultanément à plusieurs crises , la crise financière tout d'abord due à la titrisation du système financier livré à lui-même, la crise économique et sociale qui en découle mais aussi la crise de l'énergie, mises entre parenthèse seulement, et au-dela la plus catastrophique de toutes, la crise écologique à un horizon de plus en plus proche.
Mais restons un peu en France où les de plus en plus mal nommées "classes moyennes" payent le prix fort de ces crises et des politiques mises en oeuvre pour y remédier, à commencer par la politique fiscale. En effet, on ne peut continuer à faire des cadeaux somptueux aux classes les plus fortunées (bouclier fiscal, niches fiscales autrement plus juteuses que les petits avantages que le gouvernement actuel veut remettre en cause) pour plus de 20 milliards d'€uros et en même temps vouloir, pour avoir une certaine paix sociale ( et accessoirement espérer en profiter lors des prochaines échéances éléctorales) sans que quelqu'un paye l'addition et ce quelqu'un, ce soit ...les classes moyennes.
Mais au-delà de la colère de ces classes moyennes il y a leur inquiètude. En effet, ce qui est plus inquiétant encore, c'est la dégradation des finances publiques, la plus grave depuis 25 ans, l'absence  de toute programmation à moyen terme des finances publiques parallelement  au dépecage du service publique que nous devrons aussi payer dans un avenir certain . il y a  dans tout cela, une indécence que j'ai personnellement beaucoup de mal à admettre et encore moins à comprendre.

La crise économique ne justifie pas tout ,même , si elle explique les plus gros dérapages actuel mais les solutions mises en oeuvre  (et en premier lieu la faiblesse des choix du plan de relance) ne répondent ni au déficit structurel de l'Etat, ni aux déséquilibre créés récemment par la crise sur le marché de l'emploi.
Si une réelle conscience humaniste de l'action publique existait et si une réflexion approfondie du rôle respectif de l'Homme et de l'économie, à moyen et long terme, avait été menée,  d'autres options stratégiques , fondées sur le concept d'équité aurait prévalu dans
les choix stratégiques plutôt que ces recettes éculées qui viennent de nous être proposés mercredi dernier par le gouvernement.

Les sociétés qui perdent leur classe moyenne ont toujours été en danger. Le gouvernement actuel faute de s'en souvenir le payera sûrement cher un jour prochain.--
Dominique GUIZIEN

04.10.2009

Les nanos-technologies : un méga enjeu de société

 Point 1. Les interfaces hommes-machines : guérir les gros bobos ou aguerrir de gros robots?

 

Le Centre d'Analyse Stratégique publie dans sa dernière note de veille n°150, une longue étude très techniques sur les dernières avancées en matière de connexions interactives entre l'homme et des machines. Il en ressort que la combinaison de toutes ces technologies permet tout aussi bien de surmonter les handicaps moteurs les plus invalidants que de créer des super-guerriers (Robocop devenu réalité, l'horreur absolue!). Les nano-technologies (travailler sur des matériaux plus que microscopiques) sont au coeur de ces développements. Cela vaut le coup de s'intéresser d'un peu plus près à ces nano-technologies au travers d'un grand débat public.

http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article

 

Point 2. Un débat public qui vient à point mais pour qui?

 

A travers ces exemples se trouve une fois de plus posée la question du rôle du progrès scientifique dans le progrès humain. Le débat public n'a pas eu lieu il y a plus de 70 ans, à cette époque là, lorsqu'il était possible de réfléchir sur les évolutions de la physique nucléaire et pourtant toutes les options étaient posées sur la table. Le débat public n'a pas eu lieu non plus dans les années 70 quand il aurait pu être possible de s'interroger sur les évolutions de la biologie et des manipulations génétiques mais là toutes les options n'étaient pas sur la table. C'est pourquoi le débat sur les OGM se passe mal et que le principe de précaution a été inventé. Cette fois, peut-être n'est-il pas trop tard pour participer et s'inviter dans le débat public. Dans 50 ans, nous ne pourrons pas dire à nos enfants :  « Nous ne savions pas! »

La Commission Nationale du Débat Public (CNDP) a été saisie en Février dernier, dans l'élan du Grenelle de l'environnement, d'une demande de débat public sur la question des nano-technologies. Dans sa réunion du 2 septembre dernier, la CNDP a effectivement considéré qu'il y avait lieu à débat public. Ce débat aura lieu du 15 octobre 2009 au 24 février 2010. Souvent les débats du CNDP aboutissent à entériner les projets mais pas toujours.

http://www.debatpublic.fr/activites-cndp/saisines-actuell... 

 

Les débats sont ce que nous en ferons.

Dominique GUIZIEN

15.09.2009

Le néo-malthusianisme : une question à débattre?

Article de  H. Stoeckel - Strasbourg


Ecologie
Population et limite écologique - en 2050

 


Intitulé "Le néo-malthusianisme pour les Nuls", ce texte a été envoyé par son auteur au journal La décroissance. Celui-ci n’a pas souhaité le publier. Reporterre vous le présente. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec les textes que nous diffusons, mais nous pensons qu’ils font utilement avancer le débat écologique.

Hugues Stoeckel - 5 août 2009

Le journal de la Décroissance de juillet-août 09 était accompagné du Cahier n°3 de l’IEESDS, un 16 pages intitulé "La décroissance contre Malthus". Sans point d’interrogation.

De fait, l’essentiel du propos s’est borné à dénoncer (à juste titre) les motivations élitistes de Malthus, ainsi que les délires eugénistes des groupuscules d’illuminés qui, paraît-il, veulent diminuer drastiquement la population mondiale, au besoin par la violence, afin de "soulager" Gaïa.

On est là à l’exact opposé du néo-malthusianisme, dont l’objet est précisément d’éviter à notre espèce d’être un jour décimée par la violence ou la faim. Il est donc pour le moins incongru d’assimiler ces délires ultra minoritaires aux préoccupations de ceux qui ne souhaitent qu’un moindre afflux de nouvelles générations, parce que c’est la façon la plus logique et indolore (tout est relatif) de réduire une empreinte écologique humaine qui ne cesse de croître.

Ce 16 pages dénonce par ailleurs l’atteinte aux principes humanistes que constituerait une intrusion dans le choix procréatif des couples. Mais il occulte une autre question, encore plus soucieuse d’humanisme : la planète aura-t-elle assez de ressources pour assurer les besoins "civilisés" des 9-10 Mds d’humains annoncés pour 2050 ?

La plupart des experts en prospective n’en doutent pas. Mais si l’on se souvient que ces mêmes experts n’ont pas su voir venir le pic pétrolier ni comprendre sa portée, on réalise que confiance alimentaire et confiance énergétique relèvent du même acte de foi béate en l’irrésistible progrès humain.

Et cela au mépris d’une première évidence, à savoir que même quand les moyens de nourrir le monde existent, la faim n’est pas éradiquée pour autant. Un milliard d’humains sont déjà gravement sous-alimentés. On pourrait sans doute les nourrir si la solidarité l’emportait sur l’égoïsme d’une minorité de privilégiés mangeurs de viande. Mais elle ne l’emporte pas, et rien ne permet d’espérer qu’elle l’emportera davantage d’ici 2050.

Or entre temps le potentiel de ressources de la planète s’amenuisera encore : • moins d’espace pour chacun : la population croît, les océans montent et les déserts avancent • moins de terres arables (100 000 km2 par an) • moins de forêts (déjà réduites de moitié, et ça continue) • moins de poissons (déjà réduits d’un tiers, et ça continue) • moins d’eau potable : 3 Mds de personnes seront sous le seuil de pénurie chronique en 2025 (FNUAP) • moins de biodiversité : 50 à 100 000 espèces disparaissent chaque année, rythme qui pourrait encore décupler • un climat plus hostile : chaque degré de réchauffement réduira de 10% la productivité céréalière en Afrique • des migrations ingérables : l’ONG Christian Aid annonce jusqu’à 1 Md de réfugiés climatiques en 2050 • beaucoup moins de minerais et d’énergie disponibles : seul le tiers de la production pétrolière actuelle subsistera en 2050. Que dire de 2100 ?

Le documentaire "Vers un crash alimentaire" (Arte, fin 2008) rappelle que le facteur déterminant de ce crash sera la disponibilité énergétique. C’est en effet grâce à l’énergie et à la chimie tirées du pétrole (tracteurs, engrais…) que les rendements de riz chinois ont pu tripler en 40 ans et que la productivité d’un riziculteur camarguais ou américain (≈ 500 t/an) est aujourd’hui 1000 fois celle d’un paysan de Casamance !!

À lui seul, et quel que soit par ailleurs notre niveau d’engagement collectif dans la décroissance, ce "1000 fois" condamne implacablement toute la production mécanisée de riz à s’effondrer lorsque l’or noir fera vraiment défaut. Certes, pas d’un facteur 1000 : beaucoup d’actifs retourneront à la terre pour compenser. Mais ils ne seront pas 1000 fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Pas même 100 fois : sans tracteurs, qui voudra (re)devenir paysan ?

Face à 50% de bouches supplémentaires à nourrir, que deviendra alors la production mondiale de riz, première céréale consommée dans le monde (600 Mt/an) ? Sera-t-elle divisée par 2 ? Par 5 ? Et quid de la production de blé ou de maïs ? Dès lors, qui pourra encore manger à sa faim ? Dans les démocraties, qui acceptera la solidarité face à la pénurie ? Ailleurs, qui s’en souciera ? Et par quel miracle une famine universelle n’engendrerait-elle pas une violence universelle qui détruirait aussi ce qui reste de nature ?

Si ces questions ne vous émeuvent pas, si vous ne voyez toujours aucune raison de brider la natalité (ou au moins de cesser de l’encourager), alors expliquez moi : j’ai une formidable envie de découvrir, preuves en main, que je devrais moi aussi avoir confiance ! Car si je souhaite moins de familles nombreuses, ce n’est certes pas par haine des enfants, comme le soupçonne Paul Ariès dans ce cahier : c’est au contraire pour leur éviter de vivre l’enfer sur Terre. Et croyez-moi ou non, j’en dirais autant même si mes trois petits-enfants que j’adore n’étaient pas dans le lot.

Source : Courriel à Reporterre

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Une minute, une question

Où en est la négociation climatique à moins de cent jours de Copenhague ?
Karine Gavand, 9 septembre 2009

 

Pourquoi se mobiliser pour Copenhague ?
Antoine Gaudry, 3 septembre 2009

 

 


Tribunes

Tartufferie climatique, Hervé Kempf, 13 septembre 2009

Les fausses performances du réacteur EPR , Monique et Raymond Séné, 12 septembre 2009

 


Infos

Matières premières : l’Europe surconsomme, Amis de la Terre, 15 septembre 2009

Le co-voiturage se développe en Provence, Green Cove, 7 septembre 2009

 

 


 

14.09.2009

Hébergement, urbanisme et construction : les trois priorités de Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement

 

Article du Courrier des maires

Il ne devrait pas il y avoir de nouvelle loi sur le logement, a déclaré Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement. «Six lois en six ans... Je ne suis pas convaincu qu'il en faille une septième», a-t-il lancé, le 9 septembre, devant l'Association des journalistes de l'habitat et de la ville (Ajibat). Trois grands chantiers sont annoncés comme prioritaires : la politique de l'hébergement, la simplification de l'urbanisme et la construction.

Pour sortir d'une gestion de crise de l'hébergement, il lui semble «impératif» de créer «un vrai service public de l'hébergement» capable d'apporter la coordination qui manque à ce secteur. « D'ici fin octobre, les bases de la politique de l'hébergement seront reposées».

La simplification de l'urbanisme, deuxième grand chantier, devrait être hébergée par quatre outils législatifs.
1 - La loi Grenelle 2
2 - La proposition de loi de Jean-Luc Warsmann de simplification du droit
3 - Le projet de loi sur le Grand Paris
4 - Le projet de réforme des collectivités territoriales

Au programme: habilitation à légiférer par ordonnance pour «verdir» le droit de l'urbanisme, réforme du droit de préemption urbain, test de l'urbanisme de projet dans le cadre du grand Paris, réflexion sur le PLU intercommunal. Alors qu'attribuer la compétence du PLU à l'intercommunalité lui paraît une «évidence», il ne lui semble pas nécessaire que celle-ci délivre les permis de construire.

«Il faut pousser à construire du logement social là où il en est le plus besoin !», insiste Benoist Apparu, qui se présente comme un «ardent défenseur» de l'article 55 de la loi SRU. Pour y parvenir, «il faut construire là où la différence de loyer entre le privé et le social est importante». Pour parvenir à une «territorialisation» de la politique de construction, les aides à la pierre seront affectés en priorité aux territoires en déficit de logement social. «On n'enlèvera pas tous les crédits aux territoires non tendus ou faiblement tendus,» rassure le secrétaire d'Etat qui compte maintenir des crédits pour la réhabilitation.

Pour accélérer le programme de construction, pas question cependant de recourir au grand emprunt. Enfin, environ 300 millions d'euros seront consacrés en 2010 au programme national de rénovation des quartiers anciens dégradés (PNRQAD). Ce qui, par effet de levier, devrait correspondre à 1,5 milliard d'euros d'investissements. 90 candidatures ont déjà été reçues, parmi lesquelles une quarantaine de sites seront choisis en novembre.

 

Martine Kis

13.09.2009

François BAYROU : Le Centre de Gravité de l'alternance

Voici l'orientation d'ouverture proposée par François Bayrou sur France-inter.
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/index....

Remarquable évolution du MoDem qui développe ainsi une ligne de force pour rassembler les citoyens autour de Projets concrets.
Ligne qui sera peut-être difficile à mettre en place, mais elle vaut le coup de s'y astreindre !

Bonne écoute !

8 septembre 2009
François Bayrou : Il faut "un centre de gravité de l'alternance"
François Bayrou, Président du Mouvement Démocrate, était l'invité mardi 8 septembre de l'émission du 7/10 de Nicolas Demorand, sur France Inter.

Il a précisé les conditions du dialogue qu'il a proposé à l'opposition, avec un travail public au sein d'un "parlement" et la sélection d'un "centre de gravité de l'alternance" au premier tour de la présidentielle. (lire la suite)
Nicolas Demorand : Vous avez donc formulé et réitéré une offre publique de dialogue avec les socialistes. Un certain nombre d’entre eux y ont répondu…
François Bayrou : Pas seulement, pas seulement... C’est à destination de tous ceux qui en France, et ils sont nombreux, mais totalement désorganisés, pensent que ce qu’il faut d’urgence c’est préparer une alternance crédible parce que pour aujourd’hui, comme vous le voyez sur tous les fronts, on a l’impression que le régime que Nicolas Sarkozy préside est en train de s’installer pour dix ans sans que personne ne soit capable d’offrir aux Français un autre choix ; et c’est là me semble-t-il que nous avons l’obligation de changer tous ensemble, d’où que nous venions, nos manières de faire et d’être.
N.D : Un certain nombre de réponses ont été formulées de la part des socialistes qui sont, pour l’instant, divisés sur la question, comme Daniel Cohn-Bendit, qui lui est plutôt heureux de cette offre publique de dialogue. Est-ce qu’on peut dire que ça y’est, il est amorcé le dialogue ce matin, François Bayrou ?
F.B : Je crois que oui. Alors il faut être très prudent parce que tout ça demande beaucoup de désintéressement et de respect mutuel. Ceux qui sont dans mon esprit destinés à ouvrir ce dialogue entre eux ne sont pas les mêmes. Socialiste, je ne suis pas, je ne suis pas au PS, et puis de la même manière, les écologistes ont leur identité, leur personnalité. Et puis, nous, démocrates du centre, centre progressiste français, nous avons, nous aussi notre histoire, nos racines, notre identité. Ce qui compte, me semble-t-il, c’est de bien voir ce qui est en jeu. Au fond, il y a une ligne de clivage dans la vie politique française ; ce n’est pas la ligne « droite-gauche », la ligne du vrai clivage, c’est entre ceux qui considèrent que c’est  bien ou que ce n’est pas trop grave si le régime qui est en train d’être mis en place dure dix ans. Et moi, je crois que ces dix ans porteront des conséquences irréversibles pour la société française dans beaucoup de domaines. C’est la société d’inégalités d’un côté… Regardez ce que vivent des catégories entières de Français. Moi, je pense aux agriculteurs, par exemple. Ils nous écoutent là. Ils pour certains dans leur étable, à commencer ou à finir la traite des vaches. Ce sont des gens qui aujourd’hui -et ce sont des vaillants, et c’est des courageux- sont désespérés. Est-ce qu’on laisse faire ou est-ce qu’on change ? Il y a ainsi des millions de Français, et je le crois, qui attendent que ça change. Ceux-là, il faut qu’ils se parlent entre eux. C’est aussi simple que ça, ce que je suis en train de dire. Il faut qu’ils se parlent entre eux.
N.D : Quelle forme dans votre esprit, François Bayrou, doit prendre ce dialogue ? Ce sont des rencontres, des négociations, un texte commun, des alliances électorales ?
F.B : Alors, rien de tout ça. Parce que tout ça, ce sont des formes que l’on a déjà rencontrées, et qui feraient…
N.D : Alors lesquelles faudrait-il inventer ? 
F.B : Je vais essayer de vous le dire… et qui feraient redites, enfin, on aurait l’impression de déjà vu, des délégations qui arrivent avec leur cartable, et puis, ils font des déclarations devant un mur de télévision. Puis on ferme la porte en disant des choses plus ou moins positives ou plus ou moins vaches. C’est pas du tout ce que je pense nécessaire…
N.D : Donc la table-ronde, « niet » ?
F.B : En tout cas, je ne crois pas que ce soit la bonne forme. Mais, on va l’inventer. Je vais vous dire ce que je crois, moi. Je crois que ce qu’il faut mettre en place c’est ce qui ressemble à un parlement en petit. Où chacun serait représenté et présent, avec des personnalités qu’ils choisirait. Y compris des personnalités hors des partis politiques, parce qu’il y a des associations en France, il y a peut-être des syndicats, je ne sais pas. Et ceux-là traiteraient d’un sujet devant les Français, pas derrière la porte close. Et ils traiteraient d’un sujet… On verrait assez vite que s’ils veulent parler, ils seront obligés de se respecter, qu’ils seront obligés de dire des choses précises et concrètes sur lesquelles, ils seront d’accord ou pas d’accord. Imaginez que l’on traite des problèmes de l’Education nationale. Cela va vraiment mal dans le moral de l’Education Nationale. Je lisais tout à l’heure, qu’il y a peut-être huit ou dix pour cent d’inscriptions en moins dans les universités. Vous vous rendez compte ? Un pays comme la France ! C’est la France, c’est nous qui avons inventé l’université. Et bien, ce pays-là, il a huit à dix pour cent d’inscriptions en moins dans les universités. Cela veut dire qu’il y a une crise de confiance terrible. On serait donc obligé de dire des choses précises et concrètes. On verrait qu’il y a des accords, et ça permettrait de faire un socle pour l’alternance, et des désaccords. Et s’il y a…
N.D : Un parlement ?
F.B : Un « parlement » ? Je mets le mot entre guillemets. Un endroit où l’on parle, où l’on parle publiquement, où l’on ne soit pas en train de négocier autour d’une table entre des appareils politiques,  parce que cette forme-là est une forme usée. Et quelque chose qui permettrait de dire aux Français, et bien voilà tout de même ils se parlent, ils discutent alors il y a là quelque chose à laquelle, nous pouvons accorder notre attention avant de donner notre confiance.
N.D : Et donc, ce parlement se réunirait en permanence et viendrait symboliquement doubler l’exécutif ? C’est ça, si je vous comprends bien ?
F.B : Non, mon idée à moi, c’est peut-être qu’on ait là un travail, une fois par semaine ou deux fois par mois, qui permettrait devant tous les Français, devant toutes les caméras de télévisions et les radios de voir ce que pensent en réalité, ces responsables qui s’adressent à eux, mais qui ne parlent jamais du fond. Parce que c’est comme ça. Est-ce que vous savez que ces responsables politiques, les premiers d’entre eux, pour des raisons humaines et que l’on comprend, ne se rencontrent jamais ? Jamais. C’est incroyable ! Mais, c’est aussi la faute des institutions françaises. Par exemple, Martine Aubry n’est pas à l’Assemblée nationale, Ségolène Royale non plus, et donc il n’y pas de discussions, pas de débats, pas de rencontres. Les débats à l’Assemblée sont organisés - alors maintenant en plus avec la limitation du temps pour les seuls groupes constitués, ce qui fait que par exemple, que les écologistes, ils n’ont que deux députés, nous, nous n’en avons que trois, et pourtant ça représente des courants assez forts dans la vie politique française, plus ou moins mais assez forts - ils ne peuvent pas s’exprimer.
N.D : Donc, il faut inventer un lieu où l’opposition puisse se rencontrer et dialoguer… Il faut inventer quelque chose…
F.B : Il faut inventer, il faut inventer une organisation d’un dialogue publique ouvert sans concession mais sans condition et sans exclusive.  J’observe les débats qu’il y a eu autour de la proposition que j’ai faite. C’est tout de même incroyable qu’il faille ainsi avoir des disputes pour savoir si l’on se parle ou pas. Entre ceux qui ont un point commun ou un bien commun ou un devoir commun, c’est de proposer aux Français quelque chose qui tienne la route. Je ne veux pas que ce régime dure dix ans. Ce qui est pour moi un choix très important.
N.D :  Martine Aubry et vous-même, vous vous êtes vus, parlés ou vus depuis cette offre publique de dialogue ?
F.B : Non, mais j’espère que ça se fera. De même que, j’ai été heureux que Daniel Cohn-Bendit dise ce qu’il a dit. J’ai été heureux que Manuel Valls ou Vincent Peillon disent ce qu’ils ont dit. Et je suis persuadé qu’il y aura partout ; vous avez vu que Jean-Pierre Chevènement a été le premier à dire « Pourquoi pas au fond, c’est raisonnable. » Et on va pouvoir avoir des expressions qui ne seront pas seulement des expressions de rivalités, parce que la politique n’est trop souvent que rivalités -j’y aie participé moi-même quelquefois, je ne me présente pas comme un ange pure et radieux- mais la politique pourrait ainsi au moins dans cet espace là, sur une longue période parce que ça doit durer plusieurs mois être autre chose que de simples rivalités.
N.D : Vous avez dit François Bayrou qu’il fallait être dans cette démarche… Si quelqu’un d’autre était en meilleur situation que vous pour une élection, comme l’élection présidentielle, seriez-vous prêt à passer la main à cette personne ? Au nom de cette logique là…
F.B : Cette logique de désintéressement doit s’appliquer à tout le monde y compris à moi. Seulement dans mon esprit, le premier tour de l’élection présidentielle doit faire que tous les grands courants politiques du pays soient représentés. C’est le moment où tous les grands moments politiques du pays viennent et disent aux Français : voilà ce que nous proposons au premier tour. Et après, au deuxième tour, naturellement, les logiques sont de rassemblement.
N.D : Donc on reste sur la logique de la Ve République classique pour l’élection présidentielle ?
F.B : Tant que vous ne changez pas la règle d’or de la Ve république qui est l’élection présidentielle au suffrage universel… Certains avaient proposé de la changer, mais ce n’est pas fait ; et tant que ce n’est pas fait et bien naturellement, le premier tour de l’élection présidentielle reste le moment du grand dialogue avec les Français. Mais, je le dis en tout cas, pour moi, je me sens dans une logique de désintéressement.
Questions des auditeurs :
- À M. Bayrou, ne pense-t-il pas que son envie de pouvoir risque de créer un club de partis autour d’un président et qui ferait que la France deviendrait ingérable, un petit peu comme la proportionnelle en Israël ?
F.B : Non, je ne crois pas du tout qu’il y ait ce genre de risque, loin de là. Non, ce que je pense simplement, c’est qu’il y a du côté du pouvoir en place, un homme qui décide et une organisation qui paraît pour l’instant presque militaire ; et puis de l’autre coté, il y a, il faut bien dire, division, désorganisation, et incapacité même de se parler ou de se reconnaître. Parce que quand on parle à quelqu’un, forcément on le reconnaît. Cela commence comme ça. Et, je dis qu’il faut en sortir parce qu’autrement tout le monde voit bien qu’il y a une fatalité qui est en train de se mettre en place. C’est une fatalité, qui selon moi, ne peut pas être acceptée. Je ne pense pas que le pluralisme soit le désordre. Je suis pour le pluralisme. Je suis un défenseur acharné. Vous vous souviendrez peut-être qu’autrefois à la réunion qui devait être destinée à la création de l’UMP, j’étais allé leur dire, ce que je crois profondément, vous dites que nous pensons tous la même chose ; si nous pensons tous la même chose, c’est que nous pensons plus rien. Je suis pour le pluralisme, mais je suis pour le pluralisme organisé, respectueux et constructif.
N.D : Justement, vous avez fait une proposition nouvelle, un genre de « shadow parlement », où l’opposition se réunirait pour discuter des grands sujets. Ce serait juste pour discuter ou pour trancher dans le cadre d’un futur programme ?
F.B : Je ne crois pas du tout que le temps soit venu de trancher avant d’avoir dialogué.
N.D : Dialoguer puis trancher dans cette même instance…
F.B : C’est ce que je crois ; mais, je ne suis pas tout seul à penser, puisque c’est une proposition et que j’imagine que d’autres visions pourront avoir lieu. Ce que je crois, c’est que se dégageront des zones d’accord. Et qu’il y aura naturellement des désaccords, des divergences. Et bien, les zones d’accord permettront de donner à tous les Français une idée de ce qui pourra se faire dans l’avenir. Et les divergences, elles seront tranchées aussi par eux.
N.D : Vous avez dit tout à l’heure qu’au premier tour de l’élection présidentielle, toutes les familles politiques devaient se présenter. Est-ce que ce n’est pas une vision un peu datée ? Parce que de l’autre côté, à droite, il y a un bloc qui est constitué. Nicolas Sarkozy constitue un bloc. Visiblement, Philippe de Villiers ne se présentera pas, les chasseurs n’en présenteront pas… Il y’aura un gros bloc, donc, on peut imaginer que Nicolas Sarkozy arrive à plus de 40%. Est-ce que la pratique du quinquennat et la pratique nouvelle de la Ve République n’aboutit pas au fait qu’il faille la même chose de l’autre coté ? Et que donc, que vous vous présentiez éventuellement aux primaires socialistes ?
F.B : Vous voyez bien ce qu’on est en train de dire. D’abord, je ne ferme des portes sur rien, je réfléchis avec vous et avec tous ceux qui sont intéressés. Mais vous venez de dire quelque chose qui est très important : vous venez de dire les primaires socialistes…
N.D : Les primaires proposées par les socialistes…
F.B : C’est un grand débat, les socialistes l’auront entre eux. Ce que je crois, moi, c’est que la logique de votre question, c’est la suppression du premier tour de l’élection présidentielle…
N.D : Non, pourquoi ?
F.B : Si vous voulez qu’il n’y ait que deux blocs qui se présentent…
N.D : Il y aura aussi l’extrême-droite et l’extrême-gauche… Cela compte de savoir combien ils pèsent…
F.B : Cela compte de savoir combien toutes les grandes familles politiques pèsent. Pourquoi ? D’abord, un, je ne crois pas à deux blocs, je ne crois pas à la fin du pluralisme. Je me suis battu toute ma vie pour que cela n’arrive pas.
N.D : Mais, vous demandez de la clarté…
F.B : Pourquoi est-ce très important ? Parce qu’une fois qu’on sera passé du temps de la sauvagerie, où personne se parle, où l’on s’injurie, où l’on se soupçonne, où l’on dit des petites phrases vaches, à un temps plus positif, plus constructif,  à ce moment là, il demeurera des questions. Quel est le centre de gravité de l’alternance que les Français souhaitent ? Est-ce qu’ils la veulent plus étatique ou moins étatique ? Je veux dire, est-ce qu’ils veulent que ce soient l’Etat qui dirige tout ou ils pensent au contraire que la société doit avoir en France toute sa place ? L’Europe. Il y aura des débats sur l’Europe, sans doute. On n’a pas la même vision de l’Europe. Le premier tour de l’élection présidentielle sert à trancher cette question. S’il y a alternance, où est le centre de gravité de l’alternance ? Qui met-on, quelle idée ou quelle vision de l’avenir, quel style personnel met-on pour orienter cette alternance ? C’est si vous avez à la fois l’organisation et le respect du pluralisme.
Question des auditeurs :
- M. Bayrou, vous prônez le rassemblement au deuxième tour des élections, or, je crois qu’aux élections présidentielles précédentes, Mme Royal vous avait proposé au second tour, un rassemblement, que vous n’avez pas voulu. Qu’est-ce qui vous fait changer d’avis ?
F.B : D’abord, peut-être, vous vous souviendrez que j’ai pris une décision à l’élection présidentielle précédente, et que c’était une décision très lourde de conséquences, y compris pour moi, qui a été de dire que je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy. Pour le reste, je trouvais…
N.D : Ce n’était pas d’une clarté limpide…
F.B : Quand un responsable politique dit je ne votrais pas pour Nicolas Sarkozy, il dit quelque chose d’assez important. Il est vrai que je n’ai pas appelé à voter pour Ségolène Royal parce que je pensais que l’équilibre des forces telle qu’elle était, le programme tel qu’il était et deux ou trois autres considérations rendaient aléatoire la proposition qui était faite aux Français.
Question des auditeurs :
- J’ai une question concernant l’UDF. Moi, je suis militant UDF depuis la fin des années 80, actif, donc intéressé par la vie politique. Je respecte parfaitement votre décision, qui au soir du 22 avril 2007, fut de décider de quitter l’UDF, car c’est plutôt vous qui avez quitté l’UDF, ce n’est pas nous à l’UDF qui vous avons quitté. Et la question est la suivante : est-ce que vous comptez un jour nous laisser utiliser un jour, la marque « UDF » ? Quand je dis nous, c’est nous, les centristes de droite. Les centristes ont toujours été à droite historiquement, et quand moi, j’ai rejoins l’UDF, c’était pour cette raison. Et aujourd’hui, franchement, malgré la respectabilité de votre position, je voudrais que l’UDF, c'est-à-dire le centre-droit puisse se retrouver avec la majorité présidentielle. Moi, j’ai pas honte de le dire, ce n’est peut-être pas politiquement correct, je suis dans la majorité présidentielle, dans le périmètre de cette majorité présidentielle, et je trouve que l’UDF pourrait rassembler l’ensemble des centristes de droite pour travailler avec la majorité présidentielle, à donner de nouvelles idées, en restant, tout à fait indépendant. Est-ce que vous ne pourriez pas libérer la marque UDF, c’est ma question…
F.B : Je réponds très rapidement à ce qui est anecdotique qui est la marque, elle appartient aux adhérents, qui ont décidé qu’elle se transformerait politiquement en Mouvement Démocrate, qu’on a appelé « MoDem », et que l’adhésion à l’un valait adhésion à l’autre. Et donc, il y des règles associatives assez simples de ce point de vue là. Sur le fond, on a entendu avec beaucoup d’honnêteté, Patrick s’exprimer, et dire moi, je suis à droite. Il a dit le centre, c’est la droite. Et là est le grand débat entre nous, parce que moi, je considère que si centre il y a, c’est parce qu’il n’est pas assimilable à la droite. Que pendant très longtemps il y a eu équilibre. Ce très longtemps a été rompu comme vous vous en souveniez en 2002, à la réunion que j’évoquais à l’instant, où l’UMP se constituait, et dans laquelle il n’y avait plus qu’un seul parti. Et c’est à ce moment-là, que j’ai pris mes distances et annoncé que le pluralisme n’y trouverait pas son compte ; ce que je crois essentiel à la démocratie. Le pluralisme n’y trouverait pas son compte. Il y’a donc ceux qui pensent en effet que le centre ne peut être qu’à droite, avec ceux-là, j’ai un débat fondamental en raison même de l’orientation du pouvoir aujourd’hui. Le pouvoir d’aujourd’hui, il n’a pas les orientations de ce que ce monsieur appelait la droite avait autrefois. Parce que c’est absolument contradictoire avec les valeurs démocratiques que de concentrer tous les pouvoirs entre les mêmes mains, que de faire qu’un groupe d’hommes soit dans tous les domaines. Vous savez ce qui se passe en ce moment dans la justice ? On va faire en sorte que l’enquête, soit décidée et conduite par quelqu’un qui est sous l’autorité du pouvoir. Vous vous rendez compte de ce que ça veut dire pour une démocratie ? Même le Conseil de l’Europe a dit que cela ne ressemblait pas à la démocratie. On est en train de le faire ! Vous avez pris de positions dans tous les secteurs de la vie du pays, financiers, industriels, et tout d’un coup vous vous rendez compte que c’est le pays tout entier pas le pouvoir politique, c’est le pays tout entier qui va être soumis à un seul pouvoir, une seule autorité. Ceci n’est pas la démocratie élémentaire. Alors je sais bien que cela ne se voit pas, parce que ce n’est pas de la vie quotidienne, de tous les jours. C’est cependant dangereux pour l’avenir. Et, voilà le débat que j’ai avec ceux qui pensent que centre égale droite. Je pense qu’il était indispensable, en tout cas pour moi, d’enlever le signe égal entre centre et droite, et de dire que le centre égale démocratie et pluralisme.
N.D : Vous parlez de la justice, François Bayrou ; autre sujet d’actualité, la taxe carbone. Qu’est-ce que vous en pensez ? Nicolas Sarkozy vient de dire que c’était une mesure très symbolique et très importante, à la hauteur historiquement de l’abolition de la peine de mort.
 F.B : Oui. Je ne suis pas absolument sur que comparaison soit raison. Mais, en tout cas, moi, j’avais signé lorsque Nicolas Hulot avait proposé cette idée. J’avais signé et je ne renie pas ma signature. J’ai une réflexion dont je voudrais bien qu’elle soit prise en compte dans le débat. La taxe carbone, au fond, ça repose sur une idée. Expliquons parce qu’il y a beaucoup de gens qui n’arrivent pas à suivre le débat. Ça repose sur une idée qui est celle-ci : les dégâts faits par la pollution en matière de gaz à effet de serre sont tels qu’il faut à tout prix que tout le monde change sa manière de faire, de vivre et de consommer. Et pour cela, il n’y a pas de meilleure solution que de rendre dans le long terme le prix du carburant de plus en plus significatif, de manière que tout le monde change ses modes de production. Qu’on se mette à conduire en levant un peu le pied, qu’on change les chaudières avec de l’aide s’il le faut, je suis pour. Je dis une seule chose qui n’est pas prise en compte dans le débat qui est qu’il ne faut pas discuter de cette question comme si le prix du pétrole était stable à jamais, parce que le prix du pétrole dans les huit derniers mois, il vient de varier de 30% comme on l’a connu à la pompe. Ceux qui nous écoute en voiture le savent bien, le carburant à 1 euro 40, il est descendu à 1 euro, et il est remonté à 1 euro 12…
N.D : Ca veut dire que vous seriez pour une taxe carbone flottante ?
F.B : Je pense qu’il faut réfléchir à ce qui se passe si le prix du carburant augmente brutalement, comme je pense que c’est à peu près fatal. Et donc si on n’y réfléchit pas, vous verrez que ce système explosera. Et ce sera une mauvaise idée, une bonne idée gâchée. Alors moi je dis, une échelle mobile, une certaine flexibilité qui permette de dire dans le long terme non pas la taxe va être de tant, mais le prix du carburant va être de tant. Dans cinq ans, nous pensons que le prix du carburant doit être à ce niveau là, et dans dix ans à ce niveau là. De manière que l’on sache où l’on va, et pas seulement en matière de taxes et de prélèvements nouveaux, mais plutôt en matière de facturation à la pompe.
Questions des auditeurs :
- J’aurais deux questions pour M. Bayrou. Une première question qui est une question politique, c’est à savoir que je suis séduit par son positionnement politique actuel mais localement, on ne constate que des accords avec l’UMP. Qu’en sera-t-il dans l’avenir ? y aura-t-il éventuellement des accords avec le PS ou les Verts ? Et, une deuxième question sociétale, que pense-t-il de l’alignement des droits des couples homosexuels sur ceux des couples hétérosexuels en matière sociale, sociétale, etc., civile, en matière de retraite et éventuellement, l’ouverture au mariage ?
F.B : Evidemment, selon les lieux où l’on se trouve, il y a du passé, des traditions différentes ; mais ce que j’observe c’est que de plus en plus, les adhérents ou les militants ou les responsables de notre famille politique cherchent des équilibres qui sont différents des équilibres du passé. De ce point de vue là, je donne raison à ce monsieur qui nous parle. Alors, pour ce qui est des couples homosexuels, je suis pour l’égalité des droits civils, sociaux. Je ne suis pas pour le mot « mariage » -parce que je l’ai dit assez souvent- il y a aussi dans la société française, comment dirais-je, des choses précieuses transmises de génération en génération et beaucoup de gens sont attachés à cette idée que le mot « mariage » puisse représenter l’union d’un homme et d’une femme. Et cela mérite aussi du respect. Et donc, je suis pour l’égalité des droits.
N.D : Y compris pour l’adoption, François Bayrou, par les couples du même sexe ?
F.B : Est-ce que vous savez qu’il y a des enfants dont les parents sont homosexuels ? Il y en a beaucoup en France. 300 000 exactement. Ils sont nés dans des familles dont l’un des parents a découvert un jour, que la vie le conduisait à autre chose. C’est donc une question très difficile et à laquelle, je fais attention quand on parle. On croit toujours que ça n’existe pas. Ça existe.
N.D : Et après avoir fait attention, vous répondez quoi, oui ou non ?
F.B : Attendez, ce n’est pas affaire de dérision…
N.D : On le connaît ce débat…
F.B : On le connaît peut-être. En tout cas, deuxième observation. Les célibataires ont droit à l’adoption. Et donc j’ai proposé que non seulement ils aient droit à l’adoption mais qu’il y ait délégation des droits parentaux à l’autre membre d’un couple. En tout cas pour moi, je ne suis pas choqué que des enfants aient des parents homosexuels.
Question des auditeurs :
- J’aurais voulu poser une question rapide à M. Bayrou. J’aurais voulu qu’il revienne sur ses révélations sur les sondages avant les élections européennes…
F.B : Mes révélations étaient précédées de quelques jours à peine, des révélations qui ont été reprises par la presse et selon lesquelles, tout le monde était prévenu, qu’il y avait des liens particuliers, des interventions particulières de l’Elysée. Les révélations ont montré en effet qu’il y avait du côté du pouvoir, des liens étroits avec des instituts de sondage. Et encore, je crois que ce qu’on a appris n’est qu’une part de la vérité. J’ai lu une interview  cette semaine dans laquelle, on racontait combien près de 150 sondages par an étaient commandés par l’Elysée…
Thomas Legrand : 132… Mais c’est sans doute beaucoup plus.
F.B : Tout ça est assez lourd de conséquences. Et je crois comme vous, Thomas Legrand, que c’est sans doute beaucoup plus. Ces interventions sont beaucoup plus lourdes qu’on ne le croit.
N.D : Un mot, François Bayrou, concernant le débat sur la Sécurité sociale, et la baisse de certains médicaments, sur le déremboursement de certains autres. Ces propositions sont dans le débat public, elles suscitent la polémique. Quel est votre point de vue ?
F.B : Je pense que si on prenait soin de donner à la Sécurité sociale ce qu’on lui doit, on aurait déjà un meilleur équilibre. Et deuxièmement, je pense que quand on traite ce sujet, on ne doit pas faire porter sur les plus faibles, l’effort nécessaire. L’effort est nécessaire mais il ne doit pas porter seulement sur les plus faibles. Voilà ma position sur ce sujet.

25.07.2009

Le système droite-gauche est obsolète par Corinne LEPAGE

Corinne Lepage -| Dimanche 19 Juillet 2009 dans Marianne 2


. Le «vivre autrement» doit se conjuguer avec le «politique autrement».



Comment imaginer un instant que la crise globale qui nous envahit laisserait de côté le politique, qu’il s’agisse de l’organisation ou du projet ?
La réalité est qu’il existe aujourd’hui deux manières de voir le monde. La première consiste à adapter à la marge (plus ou moins grande) le système actuel. Cette conception a pour elle le mérite du pragmatisme et le succès qu’elle rencontre encore (qui peut se mesurer au succès des droites européennes lors des dernières élections) s’explique par une forme de sécurité virtuelle qu’elle offre. On connaît ce qui était et on espère y retourner avec des améliorations que chacun apprécie en fonction de sa situation personnelle. La locution « retour de la croissance » est le talisman de cette vision que partagent libéraux et socialistes attachés à un système productiviste, dans lequel la dégradation des ressources naturelles et de la qualité, voire la dignité de vie, sont secondes par rapport au progrès économique qui doit porter avec lui le progrès social.

La seconde manière est celle du XXIe siècle. Elle repose sur l’acceptation de « l’enfermement planétaire », pour reprendre l’expression d’André Lebeau, c’est-à-dire de la finitude du monde qui exige de repenser en totalité nos modes de production et de consommation mais aussi notre comptabilité et notre organisation. L’évolution soutenable, qui impose de définir, en fonction du caractère durable ou non de l’activité, sa pérennité et sa trajectoire, est seule à même de répondre au défi majeur du XXIe siècle, celui de la survie de l’humanité. Dans cette seconde vision, qui est destinée au cours de ce siècle à devenir la première, la « politique autrement » comme le « vivre autrement » deviennent la pierre angulaire de cette nouvelle construction politique pour laquelle nul ne peut prétendre à la légitimité pour la bonne et simple raison que tout est à écrire et à faire. Le processus décisionnel, et avant lui conceptuel, doit donc suivre de nouvelles voies, combinant le « bottom up » et le « top down », autrement dit imaginant une double dynamique partant de la base et du sommet, dans une organisation qui n’a plus rien à voir avec, en particulier, la structure d’apparatchiks des partis politiques, qui se partagent des postes d’autant moins nombreux que le cumul des mandats reste une réalité bien française. La décentralisation économique, énergétique, politique est au cœur de cette deuxième voie dans un rapport entre global et local qui doit être revisité pour faire du territoire non plus le réceptacle des décisions prises dans le cadre mondialisé, mais la première pierre d’une construction qui s’inscrit dans un mouvement global. La transparence des choix, la probité des acteurs, un Etat de droit effectif et efficace sont la garantie du système.

Entre ces deux visions du monde, la question n’est pas de se reconnaître de droite ou de gauche en fonction de critères qui sont obsolètes puisqu’ils reposent sur un présupposé commun : la croissance infinie. La question est de savoir si les choix du XXe siècle peuvent être prolongés ou si le XXIe siècle est radicalement nouveau. Oui, le choix est binaire entre Anciens et Modernes, mais il transcende les partis traditionnels et conduit à l’émergence d’une nouvelle force, démocratique et écologiste, solidaire et humaniste, qui reste à construire.

Corinne Lepage est députée européenne, vice-présidente du MoDem et présidente de Cap21.

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