30.11.2009

Un tiers des habitants des quartiers sensibles sous le seuil de pauvreté

La gazette des communes -Social - 30/11/2009

Près d'un tiers des habitants de quartiers sensibles vit encore en dessous du seuil de pauvreté, même si le chômage y recule légèrement, note l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), dans son rapport annuel publié le 30 novembre.

En 2007, 33,1% des habitants des zones urbaines sensibles (Zus), en progression par rapport aux 30,5% en 2006, avaient moins de 908 euros par mois (seuil de pauvreté) pour vivre, contre 12% dans le reste du territoire, précise l'Observatoire qui tire le bilan de la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003.

S'agissant des moins de 18 ans, cette proportion atteint 44,3%, soit près d'un mineur sur deux, indique le rapport qui dresse un bilan nuancé mais sombre de cette loi dont l'objectif était de réduire significativement les inégalités en banlieue sur une période de cinq ans.
"Sur l'ensemble de la période, le taux de chômage en Zus est passé de 17,2% en 2003 à 16,9% en 2008, ce qui représente une baisse de 2% du nombre de chômeurs", note le rapport.

Jeunes plus touchés
Le taux de chômage reste néanmoins très supérieur à celui observé dans les autres quartiers des mêmes agglomérations (7,7%) et y a diminué moins vite que dans les centres-villes, selon l'Onzus.
La loi de 2003 ambitionnait de "réduire d'au moins un tiers le nombre de chômeurs dans les Zus sur une période cinq ans, et de rapprocher le taux de chômage de l'ensemble des Zus de celui de leur agglomération de référence", rappelle l'Onzus.
Les jeunes sont les premières victimes du chômage, particulièrement les garçons, souligne le rapport : "la proportion de jeunes au chômage ou en activité est toujours deux fois plus importante dans les quartiers qu'ailleurs".

Les Zus sont les 751 quartiers retenus par les pouvoirs publics pour être la cible prioritaire de la politique de la Ville. Environ cinq millions de personnes y habitent.

AFP

14.11.2009

Appel du Panthéon de Terre Démocrate

Paris, le 14 novembre 2009

Nous lançons aujourd’hui le club Terre Démocrate pour agir et permettre à tous ceux qui se disent « que puis je faire ? » de trouver un lieu pour faire.

Le constat et la critique n’ont d’intérêt que s’ils sont suivis d’actes. 

Face : 

- aux défis immenses auxquels nous sommes individuellement et collectivement confrontés,

- à tous ceux qui n’ont pas pris conscience que la terre est finie

- à une démographie  galopante et une réduction des terres cultivables qui produisent déjà 20 millions de réfugiés climatiques seront 200 millions en 2050

- aux Tartuffe ou aux irresponsables qui croient que la croissance va continuer de manière infinie comme le Général Nivelle qui voulait « attaquer jusqu’à la lune »

- aux spéculateurs qui ont provoqué, par souci de lucre personnel, une crise financière assumée par les contribuables trois fois : une fois en tant que contribuable, une fois en tant que victime d’une spoliation et une fois en tant que transmetteur d’une dette qui sera payée par leurs enfants

- A une agriculture intensive et un emploi de produits toxiques qui appauvrissent les sols et les rendent incultes tout détruisant les conditions de vie des agriculteurs

- A un pillage sans contrepartie des richesses naturelles notamment celles venant de pays émergeants

- A la  réduction incessante et programmée de nos libertés au nom de la sécurité quand ce n’est pas au nom de la haine de l’Autre 

Que dire à nos enfants sans emploi, à nos aînés sans espoirs, à nos congénères sans avenir ? 

Nous ne pouvons pas nous contenter de changer la règle du jeu. Il faut aller beaucoup plus loin et changer le logiciel. 

Partout, des femmes et des hommes ont compris qu’il ne faut pas attendre du sommet les solutions qui viennent d’autant moins que des responsables politiques du monde entier sont aujourd’hui suspectés d’être les complices d’un système, a minima, non vertueux. Dans tous les pays, trop nombreux sont ceux, qui  poursuivis ou condamnés pour corruption, trafics en tous genres et convaincus d’entretenir des liens étroits  avec de grands groupes financiers et industriels contribuent à la disparition progressive de la notion d’intérêt général. 

En réponse aux dénis  de réalités et aux dénis de République, ils inventent un futur viable.  Ils osent imaginer ce qui n’existe pas encore. « Nul ne leur a dit que c’était impossible. Alors, ils l’ont fait (B.Shaw) 

C’est à cette aventure que vous convie Terre –démocrate : participer directement à la naissance de ce monde nouveau. Nous ne sommes ni un tremplin pour les élections, ni une boite à idées théoriques déconnectées de la vie quotidienne. Nous voulons remplacer les mots par des actes et mettre l’imagination au pouvoir, permettant tout simplement aux bonnes pratiques de chasser les mauvaises. 

Nous appelons nos concitoyennes et nos concitoyens à reprendre espoir et assumer leur destin, tous simplement en admettant leur propre capacité à animer un réseau social et politique local, allant du bas vers le haut. Il s’agit non seulement de mettre en réseau les initiatives dans tous les domaines de la vie, afin de les partager et d’assurer une cohérence entre elles et de changer les règles de droit pour permettre leur généralisation. 

Nous appelons nos concitoyens et concitoyennes à reprendre leurs désirs en main pour devenir des consommateurs responsables et réellement libres de leurs choix, non du temps de cerveau disponible. 

Notre projet est simple : la construction progressive et démocratique d’un nouveau modèle de développement, de manière pragmatique et dans un esprit de justice. Nous ne sommes pas naïfs. 

 Un tel projet se heurtera à deux obstacles de taille :

- les intérêts économico-financiers en place qui agissent pour gagner du temps et maintenir leurs privilèges le plus longtemps possible, quelles qu’en soient les conséquences

- les structures partisanes auxquelles la nouveauté  et  la décentralisation effective font peur 

Nous appelons à la création de sections locales de Terre Démocrate sur une plateforme commune dédiée au changement : changement individuel dans nos modes de vie et de consommation, changement dans la vie de nos territoires, changement nos modes production. Il s’agit de changer les rapports de force qui aujourd’hui affaiblissent à tous les niveaux le système démocratique. 

C’est de la base que viendra le renouveau et la preuve que les citoyens sont capables de construire un monde nouveau, un projet collectif juste, écologique, sociale, laïque et démocratique pour contribuer à faire de notre planète une Terre démocrate. 

Les membres fondateurs de Terre Démocrate.


Samedi 14 Novembre 2009
Terre Démocrate

13.11.2009

Jean-Marie Colombani: la France sort de l'Histoire

Le localisme, le dérisoire et l'anecdotique aspirent progressivement la vie politique comme celle des médias.

Publié par Slate.fr

«Depuis quelques temps je trouve l'atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble qu'à Berlin, elle est plus exaltante». Ces phrases sont de Marie Ndiaye, prix Goncourt, qui répondait sur Europe 1 à la polémique, une de plus, particulièrement nulle celle-ci, lancée contre elle par Eric Raoult, député UMP de Seine-Saint-Denis. Il invitait l'écrivaine à un «devoir de réserve» après qu'elle eut affirmé (c'était au mois d'août) qu'elle avait quitté la France, en gros, à cause de Nicolas Sarkozy. Il s'agissait donc pour elle de préciser sa pensée. Mais sur le jugement qu'elle énonce, je confirme: la France est toujours en dépression tandis qu'à Berlin on voit les choses autrement. Les commémorations récentes que nous venons de vivre l'illustrent: quel décalage entre les événements historiques dont il était question et le débat franco-français!

Après la chute du mur de Berlin, daté du 9 novembre 1989, la question posée par Francis Fukuyama était celle «de la fin de l'Histoire». Après les célébrations du 20ème anniversaire de cet évènement, on peut se poser la question de savoir si une partie de la France ne veut pas plus simplement sortir de l'Histoire.

Je m'explique: l'évènement célébré lundi 9 novembre à Berlin par une pléiade de chefs d'état, réunis autour d'Angela Merkel, est d'une portée considérable. A la fois révolution et libération, prélude à la chute de l'empire soviétique, à l'unité de l'Allemagne puis à celle de l'Europe. Il précédait de 48 heures la cérémonie organisée le 11 novembre à Paris à l'Arc de Triomphe, à laquelle était convié pour la première fois un chancelier d'Allemagne, en l'occurrence Angela Merkel. Evènement lui aussi important, puisqu'il change le sens du 11 novembre et nous fait passer de la célébration d'une victoire militaire à celle de la réconciliation qui a permis qu'existât une union européenne.

La cérémonie de Berlin, qui s'est déroulée sous une pluie glaciale, était à la fois originale -avec un Lech Walesa poussant des dominos qui symbolisaient la chute du mur- et émouvante par les mots prononcés par la chancelière; mais elle a aussi revêtu une portée non négligeable. Alors que Poutine venait de manifester sa nostalgie pour l'Allemagne de l'Est (on se souvient qu'il avait sévi à Dresde), le président Medvedev a clairement pris acte de la nouvelle donne européenne.

La commémoration du 11 novembre, brève et sobre, nous a aussi permis de mesurer la portée historique d'un geste qui s'inscrit dans la droite ligne de celui qu'avait échangé Helmut Kohl et François Mitterrand à Douaumont en 1984. Au «refus de confondre l'amour de son pays avec la haine de l'autre» de Nicolas Sarkozy a fait écho le «nous vivons un moment de grâce de l'Histoire» d'Angela Merkel.

Pourtant dans ces dernières 48 heures qu'avons-nous vu, ou entendu, en France? La polémique du jour bien sûr: elle portait cette fois sur la présence ou non du jeune Nicolas Sarkozy, qui était alors une des jeunes pousses du RPR, lors de la chute du mur à Berlin. Polémique dérisoire, ridicule, humiliante même pour un pays qui voudrait reconquérir son leadership en Europe. Illustration on ne peut plus caricaturale du rétrécissement des débats français, du localisme qui aspire progressivement la vie politique comme celle des médias; et bien sûr nouvelle preuve que seul comptent désormais l'émotion ou ce qui en tient lieu, et le ressentiment du moment. Quelle tristesse!

Alors qu'il y avait là, dans ces 48 heures, quelques occasions de débats d'importance. Celui sur l'Histoire d'abord qui aurait avantage à remplacer la dernière en date des initiatives d'Eric Besson sur l'identité nationale; l'identité est d'abord forgée par la façon dont on enseigne et dont on assume l'Histoire. Or, autour du 9 novembre, il y avait au moins deux discussions utiles, possibles. L'une aurait pu porter sur la nature de l'événement, qui a d'ailleurs été très présente à Berlin. Pour Lech Walesa par exemple, on a tort de se focaliser sur la chute du mur: pour l'ancien leader de «Solidarité», l'empire soviétique est mort de l'action conjuguée de Jean-Paul II, des ouvriers et du peuple polonais et de l'appui des Etats-Unis. Pour Angela Merkel qui a, plusieurs fois dans la journée, rendu hommage à Mickael Gorbatchev, c'est le rôle de ce dernier à la tête de l'Union soviétique, conjugué à la levée en masse des Allemands de l'Est qui a ouvert une brèche qui devait se révéler décisive.

Vrais débats donc: s'agissait-il d'une révolution, d'une libération obtenue par l'un ou l'autre peuple jusque là opprimé, ou par les deux ensemble? Ou s'agissait-il au contraire d'une sorte d'implosion de l'empire décrétée par le haut, par un Gorbatchev dépassé par les événements?

Autre dispute possible: le rôle de la France. François Mitterrand, qui avait été un temps déstabilisé au point de paraître vouloir voler au secours de la RDA puis de l'URSS, nous a-t-il fait manquer ce rendez-vous avec l'Histoire? S'était il vraiment planté? En fait, il s'était largement repris et nous devons à la qualité et à la force de sa relation avec Helmut Kohl de vivre avec ce que l'Union européenne a de meilleur et de plus fort, à savoir l'euro. Le deal final entre les deux hommes fut en effet, en plus d'obtenir la sacralisation de la frontière Oder-Neisse entre l'Allemagne et la Pologne, d'échanger le soutien français à l'unité de l'Allemagne contre l'ancrage de cette dernière dans l'Union européenne. Et la concrétisation de cet ancrage fut l'abandon par Helmut Kohl du sacrosaint deutsche mark, remplacé donc par l'euro. Or, nous vivons toujours sur les fondements de cet accord-là. Il eut donc été tellement plus «exaltant», comme dirait Marie Ndiaye, de s'interroger sur la façon dont nous pouvons et devons dépasser cette frontière-là pour porter plus loin nos destins d'Européens.

A dire le vrai, cette préoccupation est présente à l'esprit de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel. Déjà on peut rendre cette justice au président français d'avoir désembourbé l'Europe. Il suffit pour le mesurer de se reporter 2 ans et demi en arrière: l'Europe était paralysée après le non français au référendum voulu par Jacques Chirac, lequel s'était rendu parfaitement impopulaire dans l'est de l'Europe, nouvellement raccordée à l'Union, pour avoir pris les nouveaux adhérents de haut et pour les avoir traités comme quantité négligeable. Or nous sommes de nouveau à la manœuvre en même temps que l'Europe s'apprête à désigner son premier président et son premier haut représentant.

En même temps, nous sommes dans l'attente de la réponse allemande à une série de propositions françaises qui seraient, en effet pour le coup, de nature à relancer le couple franco-allemand. Car Nicolas Sarkozy s'est finalement rendu à cette donnée de base de la vie européenne: rien ne peut vraiment avancer s'il n'y a pas au préalable un accord entre Paris et Berlin. Comme Edouard Balladur ou Lionel Jospin avant lui, sans parler de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy avait, au début de son mandat, caressé l'espoir d'une meilleure entente avec Londres. Comme la plupart des dirigeants français, il avait commencé par maugréer contre le cadre trop limité ou trop strict de la relation franco-allemande et ne jurait que par Tony Blair plus Gordon Brown. L'un et l'autre ont été, sur ces questions européennes, aux abonnés absents. Et Nicolas Sarkozy a du concéder qu'il lui faudrait davantage s'intéresser à Berlin, même s'il refusait d'envisager d'y passer ses vacances...

Le catalogue proposé à l'Allemagne est donc impressionnant: un ministre commun siégeant dans chacun des deux gouvernements pour porter la relation bilatérale; une session commune de nos deux parlements; un programme de recherches scientifiques et technologiques commun; un rapprochement sur tel ou tel projet de nos industries de défense, etc... Et sans attendre bien sûr, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont accordés sur la future présidence de l'Union (l'avantage semble aller à l'actuel premier ministre belge). On verra donc si Angela Merkel souscrit à ce catalogue, ce qui serait évidemment une bonne nouvelle. En tous cas, ce qui est visible à Berlin et perceptible, c'est la joie de vivre malgré la crise, l'optimisme, une relative tranquillité d'esprit: l'Allemagne apparaît aujourd'hui comme naturellement et banalement soucieuse  d'elle-même, sans jamais mettre en doute son ancrage européen. Angela Merkel, tirant la leçon à Paris de ces deux journées du souvenir, a indiqué que l'une et l'autre nous commandent de préserver ensemble nos valeurs, à savoir, à ses yeux, la démocratie, la solidarité européenne et le partenariat transatlantique.

Mais nous sommes à Paris, dans cette ambiance morose en effet décrite par Marie Ndiaye et, semble-t-il, condamnés à aller de polémique en polémique. Devenir une sorte de grand parc de loisirs pour le reste du monde et une occasion de se cultiver bien sûr à travers nos villes musées n'est-ce pas un destin qui tente une partie de nos compatriotes. On le voit face à la crise: l'économie française, objectivement, a reculé de trois pas; nous avons descendu trois marches. Mais tout se passe comme si le pays s'efforçait de s'accommoder de ce nouvel état des choses sans chercher à regagner ces trois marches perdues; sans quête donc d'un effort de compétitivité et de dynamisme qui nous sont absolument nécessaires, aux dépens d'une jeunesse qui a, elle, de l'énergie à revendre et que l'on préfère enfermer dans des querelles inutiles (n'est-ce pas, Eric Besson?).

Bien sûr, il entre dans la place occupée par nos polémiques villageoises la traduction d'un mécontentement général de l'opinion et d'une crispation d'une partie de celle-ci face au pouvoir en place. Un micro-incendie, tel que celui de la date de la visite de Nicolas Sarkozy au mur de Berlin en novembre 1989, ne peut prendre que si le substrat est défavorable, que si le terrain se prête à n'importe quel embrasement. C'est un révélateur comme un autre. Mais il y a aussi, pour le pouvoir, un usage paradoxal de ces polémiques ultra secondaires: elles chassent les débats qui devraient avoir lieu sur les incertitudes et les difficultés que nous allons devoir traverser en 2010 par exemple; ou encore, sur la pertinence et l'efficacité des réformes engagées: sortirons-nous renforcés ou affaiblis de la crise? Mais ce serait sans doute trop demander...

30.10.2009

Le grand débat de Besson

Douce France

Publié par Politis.fr: jeudi 29 octobre 2009, article de Denis Sieffert

Quand tout va mal, en France, que fait-on ? Quand le chômage explose, que les suicides se multiplient dans les entreprises, que les scandales se succèdent en haut lieu, que les mensonges d’État rendent incrédule la Terre entière, que la discorde s’insinue jusque dans les antichambres du pouvoir, que fait-on ? Eh bien, on ouvre un « grand débat sur l’identité nationale ». Ou, si vous préférez, on s’en prend aux Arabes. Je sais bien, il ne faut pas le dire ainsi, ni aussi crûment. D’autant plus que les « Arabes » sont aujourd’hui parfois maliens ou roms ou afghans… Mais, au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit. En annonçant, lundi, le prochain lancement d’un « grand débat » dont l’agora sera la préfecture et la sous-préfecture, Éric Besson entreprend une opération de diversion somme toute classique. On se souvient de la douloureuse affaire du voile islamique en 2003 et 2004. Encore avait-on circonscrit l’offensive à l’école. L’entreprise, cette fois, est de plus grande ampleur. Il ne s’agit plus de faire la leçon à quelques adolescentes, mais d’apprendre à être de bons Français à des femmes et des hommes de tous âges, et souvent éprouvés par la vie. Le débat, nous dit-on, sera alimenté par un rapport parlementaire sur le « respect des symboles de la République ». Le ministère de M. Besson précise que la question « Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? » devra être posée « à chacun ».

L’opération ne serait pas à l’évidence motivée par des arrière-pensées aussi sordides, que notre curiosité serait mise en éveil. Oui, qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? Nous avons hâte de le savoir. Et de connaître celui qui va nous le dire avec assez de morgue pour croire en une réponse instituée. Comme il se doit dans tout bon débat national, « des propositions seront soumises, en particulier sur la place des symboles nationaux ». Nous citons toujours ici le communiqué officiel du ministère, lequel nous fournit un début de réponse : il y aura par exemple « obligation pour l’ensemble des jeunes Français de chanter, au moins une fois par an, l’hymne national ». Être Français, ce sera ça ! On pourra allégrement trahir ses amis, instrumentaliser le racisme, jouer avec les peurs et les fantasmes de ses contemporains, collaborer idéologiquement avec l’extrême droite, fouler au pied ses engagements de jeunesse, à condition de chanter une fois par an la Marseillaise. Si l’on s’y prend bien, on peut, en une ou deux générations, construire une nation de parfaits salauds, dépourvus de toute morale personnelle, mais connaissant admirablement notre hymne national. Et, bien plus vite que cela, la France peut devenir un fortin hérissé de chevaux de frise, une machine à expulser et à exclure, un pays gorgé de suffisance et de nationalisme. Et que fera-t-on des « mauvais Français », ceux qui répondront mal aux interrogatoires identitaires ou qui chanteront faux la Marseillaise ? Dans quelle catégorie administrative va-t-on les répertorier si, par malheur, ils ne peuvent être rien d’autre que français ?

M. Besson croit-il que les « collabos » de 1940 n’étaient pas instruits de ce civisme que l’on enseignait aux blouses grises de la Troisième République ? Croit-il que les tortionnaires de la bataille d’Alger ignoraient la Marseillaise ? Ou bien les valeurs de la résistance, et parfois de l’insoumission, lui paraissent-elles inférieures à celles qu’il se pique d’imposer ? Évidemment, tout cela serait ridicule si ce n’était dangereux. Le problème n’est pas que des historiens et des sociologues réfléchissent à la question. Inutile donc, pour mieux se vautrer dans le piège tendu par la droite, d’invoquer, comme le fait une certaine gauche, les mânes de Fernand Braudel ou de Marc Bloch. Leur pouvoir d’historien était strictement d’analyse et de description. Ils n’étaient pas sous-préfets et n’affrétaient pas de charters. Le problème est, comme le dit Patrick Weil, lui-même historien, que « ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce qu’est être Français ». Mais, me direz-vous, je me donne bien de la peine pour répliquer à une manipulation dont les ficelles sont énormes. La vérité du « grand débat » de M. Besson ne tient-elle pas dans son calendrier : lancement le 2 novembre, conclusion et « colloque de synthèse » début février ? Nous serons alors à un mois des régionales. Les musulmans auront été sommés d’abjurer quelques-unes de leurs croyances ou de leurs pratiques. Le « communautarisme » aura été dénoncé. L’« autre » aura été jeté en pâture à l’opinion, qui aura réappris à avoir peur de tout ce qui ne lui ressemble pas. Et si la mèche prend, on aura relégué à l’arrière-plan la crise et le chômage assez de temps pour franchir l’échéance électorale. On peut évidemment envisager le problème sous ce seul aspect. Celui du cynisme d’une équipe toujours prête à brûler son « Reichstag ». Mais on peut aussi penser qu’il y a plus grave : un nationalisme de conviction qui hante une partie de la droite sarkozienne. Lorsqu’il affirme qu’il faut défendre « la douce France » créée par Charles Trenet en 1943, Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l’UMP, ne se trompe ni de symbole ni d’époque.

23.10.2009

Jean Sarkozy renonce à la présidence de l'EPAD... Les citoyens ont eu raison avant tout le monde !

Publié sur http://www.monputeaux.com/  :

Jean Sarkozy a donc annoncé ce soir dans le 20h de France 2 qu'il ne
se portera pas candidat à la présidence de l'EPAD. Ne gâchons pas
notre plaisir : c'est une belle victoire !
Mes pensées vont aux plus de 93.000 personnes qui ont signé la
pétition. Dans ce texte, en quelques lignes, nous lui demandions de
renoncer, tout simplement parce qu'il n'avait pas le profil pour la
fonction. Il l'a fait. C'est une décision sage, qui apaise. C'est
bien.

Malheureusement, il gâche un peu ce geste de bon sens en parlant de
"manipulaton". Nous serions des citoyens manipulables incapables de
réflexion.

Mais qui a tenté de manipuler qui dans cette histoire ?

En effet, que n'avons-nous pas entendu depuis le 8 octobre, jour du
lancement de notre protestation citoyenne ! Tout ce qui compte à l'UMP
a été mobilisé sur les ondes et dans les journaux pour "sauver le
soldat Jean" :

La première semaine, le fils du chef de l'Etat, fils d'un génie et
donc génie lui-même (on a entendu ça, oui !), était le candidat idéal,
celui qui, par sa jeunesse et son dynamisme, allait renouveler la
politique ; celui qui, par son talent quasi universel, allait relancer
l'économie française !

La seconde semaine, l'argumentaire avait déjà été un peu modifié : la
fonction de président de l'EPAD devenait insignifiante, symbolique...
C'est le directeur qui, en fait, décidait tout. J'ai même entendu le
président des Jeunes Populaires dire que l'EPAD, "ça gérait l'eau et
l'électricité de La Défense". Sans rire !

Gérer l'aménagement d'un quartier où sont installés 2.500 entreprises
où travaillent 150.000 salariés, dans un territoire peuplé de 200.000
habitants : une paille ! Tout cela ne représentait rien ! Mais alors
pourquoi vouloir absolument que ce soit Jean Sarkozy le président de
ce grand rien ?

Quelle grossière erreur politique, tout de même, toute cette affaire !

Qui avait tort finalement et qui avait raison ?

NOUS avions raison ! Les citoyens - sur les réseaux sociaux, sur
Twitter (#jeansarkozypartout), sur les blogs - se sont mobilisés, ont
dit non, ont relayé des textes, des vidéos, ont publié des milliers de
commentaires... et ont signé par dizaines de milliers la pétition !
Les partis sont venus après. Et les médias traditionnels encore après.

Pourquoi une telle mobilisation ? Ce n'était pas une question de
droite ou de gauche. Nous nous sommes sentis agressés. Ce sont les
valeurs qui fondent notre démocratie qui ont été atteintes. Le
favoritisme et le népotisme nous sont insupportables, surtout quand
cela vient du chef de l'Etat ! "République bananière", avons-nous
pensé ! Spontanément, collectivement, nous nous sommes défendus.

Cette vigilance citoyenne a fait reculer les auteurs de ce mauvais
scénario. Ils ont reculé, mais ils n'ont pas renoncé pour autant.

Jean Sarkozy sera élu, vendredi matin au conseil général des Hauts-de-
Seine à Nanterre, représentant du département au conseil
d'administration de l'EPAD. Il rêvait du siège de président, il devra
se contenter de celui d'administrateur. En attendant mieux ?

Soyons vigilants ! Restons mobilisés !  

Christophe Grébert


21.10.2009

A New York, les chômeurs s'entraident

Par Alexis Buisson | Journaliste | 20/10/2009 article dans ECO89, Rue89.FR

(De New York) Vu les déboires du Pôle emploi, les chômeurs français seraient bien inspirés de regarder la manière dont leurs homologues américains font face à la récession. A New York, un nouveau système d'entraide pour demandeurs d'emploi, le « buddy system », trouve de plus en plus d'adeptes dans une Amérique en crise.

Lorsque la récession sera passée, Deborah DiRago, Erin Oates et Lee Caron se souviendront sans doute de leurs rencontres hebdomadaires au Lenny's Bagels de Manhattan. Chaque vendredi, qu'il pleuve ou qu'il vente, ces trois Newyorkaises en recherche d'emploi se retrouvent vers 8h30, autour d'une tasse de café, pendant une heure montre en main, pour faire le point sur leurs recherches et se soutenir mutuellement.

Une sorte de groupe d'entraide pour traverser les heures sombres de la récession. Deborah DiRago, à la recherche d'un emploi stable depuis le mois de mai après quinze années dans l'événementiel, le ressent comme ça :

« Ceux qui ont un emploi ne peuvent pas vraiment comprendre ce que nous traversons. Moi-même, lorsque j'avais un emploi, j'avais du mal à comprendre vraiment ce que mes amis sans emploi vivaient.

Nous avons les mêmes hauts et les mêmes bas, poursuit-elle en parlant de ses deux acolytes. Elles peuvent vraiment me comprendre et me conseiller. »

 

Cette petite thérapie de groupe pour chômeurs ou précaires porte un nom : le « buddy system » (ou « tandem »). Inspiré du principe des groupes de motivation, bien connue du monde du bien-être, la pratique se répand dans le contexte de récession actuelle.

Et la formule séduit ! Dans un pays où seulement 6% des jobs sont trouvés sur des listings tel la sacro-sainte Craigslist, de plus en plus d'Américains adoptent cette nouvelle méthode de recherche d'emploi, collective et non-institutionnelle.

Une tendance qui illustre des évolutions de fond selon Keith Ferrazi, auteur de Never Eat Alone, un livre qui explore l'importance des réseaux en ce début de XXIe siècle :

« En 1985, l'Américain moyen avait trois personnes auxquelles il pouvait se confier. Ce nombre est passé à deux aujourd'hui, et un quart des Américains admettent ne pas avoir de confident (…) Les structures qui nous aidaient à répondre aux questions importantes dans les moments difficiles de la vie -des Eglises aux clubs de socialisation en passant par les parents et les grands-parents- ont disparu ou se sont affaiblies. Nous avons faim de communauté. »

 

Le principe du « buddy system » est aussi simple qu'ingénieux : trois à quatre demandeurs d'emploi maximum se retrouvent régulièrement pour faire le point sur leur situation, échanger des contacts et des informations glanées lors d'ateliers de formation par exemple, corriger CV et lettres de motivation, et surtout se fixer des objectifs. Un dernier point qu'Erin Oates, à la recherche d'un emploi depuis juillet, apprécie :

« Lorsqu'on cherche un travail seul sur internet, c'est difficile d'être tenu pour responsable ou de s'imposer une discipline. Tout ceux qui voudraient monter un “tandem” doivent être prêts à s'impliquer, à remplir des objectifs (comme rencontrer telle ou telle personne ou un envoyer tel nombre de CV), et à partager des informations. »

 

Alors que le chômage culmine à 10,3% à New York, son plus haut niveau depuis seize ans, certains demandeurs d'emploi se mobilisent pour que le système soit appliqué au niveau local. C'est le souhait de Briana Campbell, ex-employée d'une start-up de mode, dans son quartier de Greenpoint, à Brooklyn :

« Quand on rencontre quelqu'un qui n'est pas évolué dans le même secteur d'activité, il peut vous faire prendre conscience de nouvelles compétences à exploiter et orienter votre recherche d'emploi dans une autre direction (…) Le “buddy system”, c'est comme faire son jogging : seul et pas motivé, il y a de fortes chances pour qu'on ne le fasse pas. Si quelqu'un vous accompagne, il vous mettra un coup de pied aux fesses ! »

 

Face au succès des premières réunions d'information, Briana Campbell espère que d'autres quartiers l'imiteront. Et pourquoi pas d'autres pays ?

« Quelque chose comme ça pourrait être appliqué en Europe, estime Deborah DiRago. Ça ne prendra peut être pas tout de suite car la mentalité est différente mais je suis sure que ça peut être utile là-bas aussi. »

 

19.10.2009

Le Grenelle II : Révolution verte ou verdissement trop timide ? dossier Terra Nova

 Pour mieux comprendre:

 

"Terra Nova a réalisé depuis plusieurs mois un travail d’expertise sur la loi Grenelle II. Ce travail a été présenté le mardi 13 octobre lors d’un débat à l’Assemblée nationale, à l’issue de l’examen du projet de loi par le Sénat. Si le Grenelle de l’environnement a eu le mérite d’inaugurer de nouvelles pratiques de consultation de la société civile, le Gouvernement ne s’est pas saisi du soutien qui lui a été accordé. Le projet de loi « Grenelle II », tel qu’il sera présenté à l’Assemblée nationale à la fin de l’année, ne concrétise pas le déploiement du développement durable en France : les paroles ne se sont pas traduites en actes."

 http://www.tnova.fr/index.php/component/content/article/4...-

05.10.2009

Jusque quand les classes moyennes accepteront?

Les dysfonctionnements actuels du système économique et financier aggravent un peu plus chaque jour la déconstruction du tissu économique et social, un peu partout dans le monde alors que nous devons faire face simultanément à plusieurs crises , la crise financière tout d'abord due à la titrisation du système financier livré à lui-même, la crise économique et sociale qui en découle mais aussi la crise de l'énergie, mises entre parenthèse seulement, et au-dela la plus catastrophique de toutes, la crise écologique à un horizon de plus en plus proche.
Mais restons un peu en France où les de plus en plus mal nommées "classes moyennes" payent le prix fort de ces crises et des politiques mises en oeuvre pour y remédier, à commencer par la politique fiscale. En effet, on ne peut continuer à faire des cadeaux somptueux aux classes les plus fortunées (bouclier fiscal, niches fiscales autrement plus juteuses que les petits avantages que le gouvernement actuel veut remettre en cause) pour plus de 20 milliards d'€uros et en même temps vouloir, pour avoir une certaine paix sociale ( et accessoirement espérer en profiter lors des prochaines échéances éléctorales) sans que quelqu'un paye l'addition et ce quelqu'un, ce soit ...les classes moyennes.
Mais au-delà de la colère de ces classes moyennes il y a leur inquiètude. En effet, ce qui est plus inquiétant encore, c'est la dégradation des finances publiques, la plus grave depuis 25 ans, l'absence  de toute programmation à moyen terme des finances publiques parallelement  au dépecage du service publique que nous devrons aussi payer dans un avenir certain . il y a  dans tout cela, une indécence que j'ai personnellement beaucoup de mal à admettre et encore moins à comprendre.

La crise économique ne justifie pas tout ,même , si elle explique les plus gros dérapages actuel mais les solutions mises en oeuvre  (et en premier lieu la faiblesse des choix du plan de relance) ne répondent ni au déficit structurel de l'Etat, ni aux déséquilibre créés récemment par la crise sur le marché de l'emploi.
Si une réelle conscience humaniste de l'action publique existait et si une réflexion approfondie du rôle respectif de l'Homme et de l'économie, à moyen et long terme, avait été menée,  d'autres options stratégiques , fondées sur le concept d'équité aurait prévalu dans
les choix stratégiques plutôt que ces recettes éculées qui viennent de nous être proposés mercredi dernier par le gouvernement.

Les sociétés qui perdent leur classe moyenne ont toujours été en danger. Le gouvernement actuel faute de s'en souvenir le payera sûrement cher un jour prochain.--
Dominique GUIZIEN

04.10.2009

Les nanos-technologies : un méga enjeu de société

 Point 1. Les interfaces hommes-machines : guérir les gros bobos ou aguerrir de gros robots?

 

Le Centre d'Analyse Stratégique publie dans sa dernière note de veille n°150, une longue étude très techniques sur les dernières avancées en matière de connexions interactives entre l'homme et des machines. Il en ressort que la combinaison de toutes ces technologies permet tout aussi bien de surmonter les handicaps moteurs les plus invalidants que de créer des super-guerriers (Robocop devenu réalité, l'horreur absolue!). Les nano-technologies (travailler sur des matériaux plus que microscopiques) sont au coeur de ces développements. Cela vaut le coup de s'intéresser d'un peu plus près à ces nano-technologies au travers d'un grand débat public.

http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article

 

Point 2. Un débat public qui vient à point mais pour qui?

 

A travers ces exemples se trouve une fois de plus posée la question du rôle du progrès scientifique dans le progrès humain. Le débat public n'a pas eu lieu il y a plus de 70 ans, à cette époque là, lorsqu'il était possible de réfléchir sur les évolutions de la physique nucléaire et pourtant toutes les options étaient posées sur la table. Le débat public n'a pas eu lieu non plus dans les années 70 quand il aurait pu être possible de s'interroger sur les évolutions de la biologie et des manipulations génétiques mais là toutes les options n'étaient pas sur la table. C'est pourquoi le débat sur les OGM se passe mal et que le principe de précaution a été inventé. Cette fois, peut-être n'est-il pas trop tard pour participer et s'inviter dans le débat public. Dans 50 ans, nous ne pourrons pas dire à nos enfants :  « Nous ne savions pas! »

La Commission Nationale du Débat Public (CNDP) a été saisie en Février dernier, dans l'élan du Grenelle de l'environnement, d'une demande de débat public sur la question des nano-technologies. Dans sa réunion du 2 septembre dernier, la CNDP a effectivement considéré qu'il y avait lieu à débat public. Ce débat aura lieu du 15 octobre 2009 au 24 février 2010. Souvent les débats du CNDP aboutissent à entériner les projets mais pas toujours.

http://www.debatpublic.fr/activites-cndp/saisines-actuell... 

 

Les débats sont ce que nous en ferons.

Dominique GUIZIEN

15.09.2009

Le néo-malthusianisme : une question à débattre?

Article de  H. Stoeckel - Strasbourg


Ecologie
Population et limite écologique - en 2050

 


Intitulé "Le néo-malthusianisme pour les Nuls", ce texte a été envoyé par son auteur au journal La décroissance. Celui-ci n’a pas souhaité le publier. Reporterre vous le présente. Nous ne sommes pas forcément d’accord avec les textes que nous diffusons, mais nous pensons qu’ils font utilement avancer le débat écologique.

Hugues Stoeckel - 5 août 2009

Le journal de la Décroissance de juillet-août 09 était accompagné du Cahier n°3 de l’IEESDS, un 16 pages intitulé "La décroissance contre Malthus". Sans point d’interrogation.

De fait, l’essentiel du propos s’est borné à dénoncer (à juste titre) les motivations élitistes de Malthus, ainsi que les délires eugénistes des groupuscules d’illuminés qui, paraît-il, veulent diminuer drastiquement la population mondiale, au besoin par la violence, afin de "soulager" Gaïa.

On est là à l’exact opposé du néo-malthusianisme, dont l’objet est précisément d’éviter à notre espèce d’être un jour décimée par la violence ou la faim. Il est donc pour le moins incongru d’assimiler ces délires ultra minoritaires aux préoccupations de ceux qui ne souhaitent qu’un moindre afflux de nouvelles générations, parce que c’est la façon la plus logique et indolore (tout est relatif) de réduire une empreinte écologique humaine qui ne cesse de croître.

Ce 16 pages dénonce par ailleurs l’atteinte aux principes humanistes que constituerait une intrusion dans le choix procréatif des couples. Mais il occulte une autre question, encore plus soucieuse d’humanisme : la planète aura-t-elle assez de ressources pour assurer les besoins "civilisés" des 9-10 Mds d’humains annoncés pour 2050 ?

La plupart des experts en prospective n’en doutent pas. Mais si l’on se souvient que ces mêmes experts n’ont pas su voir venir le pic pétrolier ni comprendre sa portée, on réalise que confiance alimentaire et confiance énergétique relèvent du même acte de foi béate en l’irrésistible progrès humain.

Et cela au mépris d’une première évidence, à savoir que même quand les moyens de nourrir le monde existent, la faim n’est pas éradiquée pour autant. Un milliard d’humains sont déjà gravement sous-alimentés. On pourrait sans doute les nourrir si la solidarité l’emportait sur l’égoïsme d’une minorité de privilégiés mangeurs de viande. Mais elle ne l’emporte pas, et rien ne permet d’espérer qu’elle l’emportera davantage d’ici 2050.

Or entre temps le potentiel de ressources de la planète s’amenuisera encore : • moins d’espace pour chacun : la population croît, les océans montent et les déserts avancent • moins de terres arables (100 000 km2 par an) • moins de forêts (déjà réduites de moitié, et ça continue) • moins de poissons (déjà réduits d’un tiers, et ça continue) • moins d’eau potable : 3 Mds de personnes seront sous le seuil de pénurie chronique en 2025 (FNUAP) • moins de biodiversité : 50 à 100 000 espèces disparaissent chaque année, rythme qui pourrait encore décupler • un climat plus hostile : chaque degré de réchauffement réduira de 10% la productivité céréalière en Afrique • des migrations ingérables : l’ONG Christian Aid annonce jusqu’à 1 Md de réfugiés climatiques en 2050 • beaucoup moins de minerais et d’énergie disponibles : seul le tiers de la production pétrolière actuelle subsistera en 2050. Que dire de 2100 ?

Le documentaire "Vers un crash alimentaire" (Arte, fin 2008) rappelle que le facteur déterminant de ce crash sera la disponibilité énergétique. C’est en effet grâce à l’énergie et à la chimie tirées du pétrole (tracteurs, engrais…) que les rendements de riz chinois ont pu tripler en 40 ans et que la productivité d’un riziculteur camarguais ou américain (≈ 500 t/an) est aujourd’hui 1000 fois celle d’un paysan de Casamance !!

À lui seul, et quel que soit par ailleurs notre niveau d’engagement collectif dans la décroissance, ce "1000 fois" condamne implacablement toute la production mécanisée de riz à s’effondrer lorsque l’or noir fera vraiment défaut. Certes, pas d’un facteur 1000 : beaucoup d’actifs retourneront à la terre pour compenser. Mais ils ne seront pas 1000 fois plus nombreux qu’aujourd’hui. Pas même 100 fois : sans tracteurs, qui voudra (re)devenir paysan ?

Face à 50% de bouches supplémentaires à nourrir, que deviendra alors la production mondiale de riz, première céréale consommée dans le monde (600 Mt/an) ? Sera-t-elle divisée par 2 ? Par 5 ? Et quid de la production de blé ou de maïs ? Dès lors, qui pourra encore manger à sa faim ? Dans les démocraties, qui acceptera la solidarité face à la pénurie ? Ailleurs, qui s’en souciera ? Et par quel miracle une famine universelle n’engendrerait-elle pas une violence universelle qui détruirait aussi ce qui reste de nature ?

Si ces questions ne vous émeuvent pas, si vous ne voyez toujours aucune raison de brider la natalité (ou au moins de cesser de l’encourager), alors expliquez moi : j’ai une formidable envie de découvrir, preuves en main, que je devrais moi aussi avoir confiance ! Car si je souhaite moins de familles nombreuses, ce n’est certes pas par haine des enfants, comme le soupçonne Paul Ariès dans ce cahier : c’est au contraire pour leur éviter de vivre l’enfer sur Terre. Et croyez-moi ou non, j’en dirais autant même si mes trois petits-enfants que j’adore n’étaient pas dans le lot.

Source : Courriel à Reporterre

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Où en est la négociation climatique à moins de cent jours de Copenhague ?
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Pourquoi se mobiliser pour Copenhague ?
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Tribunes

Tartufferie climatique, Hervé Kempf, 13 septembre 2009

Les fausses performances du réacteur EPR , Monique et Raymond Séné, 12 septembre 2009

 


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Matières premières : l’Europe surconsomme, Amis de la Terre, 15 septembre 2009

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